Toute l'Histoire en un clic
Ami d'Herodote.net

Les Amis d'Herodote.net
ont accès à un dossier complet
autour de ce sujet :

Articles récents
Les 10 articles les plus lus
Publicité
Suivez Herodote.net sur twitter
Offrez-vous quelques minutes d'évasion
avec Les Chroniques d'Herodote.net

Adhérez aux Amis d'Herodote.net

D'où vient le nom du mouvement impressionniste ?

Réponse
Publicité

XVIIe-XXIe siècles

Le pays aux trois Océans


En ce début du XXIe siècle, la France est l'un des derniers pays européens à posséder encore des vestiges de son empire colonial. C'est aussi le seul pays présent dans les trois grands océans de la planète (mettons à part les océans Arctique et Antarctique, inhabités).

La France et ses possessions d'outre-mer

Cliquez pour agrandir
Aux Antilles (Martinique, Guadeloupe, Saint-Barthélemy et Saint-Martin), en Guyane et à Saint-Pierre-et-Miquelon, la France est baignée par l'océan Atlantique (de même qu'en métropole). À la Réunion et Mayotte, elle est baignée par l'océan Indien. En Nouvelle-Calédonie, à Wallis-et-Futuna et en Polynésie, c'est l'Océan Pacifique qui lui sourit...

Mercantilisme et course au profit

L'aventure commence au temps de Louis XIII et de son principal ministre, le cardinal Richelieu. Celui-ci crée des compagnies privées pour faciliter les entreprises de colonisation. L'objectif de ces compagnies à charte, dotées d'importants privilèges fiscaux, est avant tout d'approvisionner la métropole en sucre, une denrée de luxe traditionnellement achetée dans les pays musulmans et qui occasionne d'importantes sorties de métaux précieux. Selon la doctrine mercantiliste de l'époque, ces sorties de numéraire sont le principal facteur d'appauvrissement de l'État.

En 1635, un agent de la Compagnie des Isles d'Amérique, Pierre Belain d'Esnambuc, prend possession de la Martinique, une île volcanique des petites Antilles. La même année, ses lieutenants prennent possession de l'île voisine de la Martinique, la Guadeloupe.

Très vite, la Compagnie des Isles d'Amérique va promouvoir sur ces deux îles la culture de la canne à sucre qui va faire la fortune des familles békés (blancs créoles).

L'extension de l'esclavage nécessite en 1685 la promulgation d'un code en vue de réglementer les rapports entre maîtres et esclaves. Ce code, plusieurs fois réécrit au siècle suivant et surnommé «Code noir», va donner une base légale à l'esclavage sans pour autant l'humaniser, tant il est vain de vouloir faire un compromis entre un principe d'humanité et une réalité inhumaine.

En Amérique du sud, vers 1637, des marins normands accostent sur la côte de l'Amazonie. Le gouvernement de Louis XV, au siècle suivant, va tenter de mettre en valeur cette région inhospitalière, la Guyane, en pratiquant le drainage à la façon des voisins hollandais. L'insuccès sera total.

L'océan Indien n'échappe pas à l'oeil de Richelieu. En 1638, le capitaine Goubert prend possession d'une île volcanique superbe et inhabitée de 2500 km2 dans l'archipel des Mascareignes...

Le premier empire colonial

Le cardinal Mazarin et, après lui, Jean-Baptiste Colbert, ministre de Louis XIV, poursuivent la politique de Richelieu.

L'île abordée par le capitaine Goubert est baptisée île Bourbon en 1649 en l'honneur de la dynastie (après la chute de la royauté, en 1793, elle sera renommée... la Réunion). Les premiers colons permanents s'y installent en 1663, accompagnés de quelques esclaves malgaches. La colonisation démarre lentement malgré le riche potentiel de l'île.

Au fil des guerres qui mettent aux prises la France et l'Angleterre au XVIIIe siècle, les Français se résignent sans trop de remords à la perte du Canada (à l'exception de Saint-Pierre-et-Miquelon) ainsi que des Indes où Joseph Dupleix avait étendu l'emprise de la Compagnie française des Indes orientales. Mais ils défendent bec et ongles leurs îles à sucre, tant il est vrai qu'ils sont prêts à se damner pour cet «or blanc» du XVIIIe siècle... comme nous-mêmes pour le pétrole, notre «or noir».

Tout va changer avec la Révolution et surtout le retour de la guerre avec l'Angleterre en 1792...

Le souffle de la liberté

Esclaves et affranchis, mécontents de ne pas se voir appliquer les beaux principes de la Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen s'insurgent à Trois-Rivières, au sud de la Guadeloupe, dans la nuit du 20 avril 1793. Plusieurs Blancs sont massacrés. Les Anglais en profitent pour débarquer sur l'île.

Plus grave, à Saint-Domingue (aujourd'hui Haïti), affranchis et esclaves se soulèvent sous le commandement de Toussaint Louverture. À la Martinique, les planteurs prennent les devants et livrent leur île aux Anglais.

À Paris, les députés de la Convention se résignent à abolir l'esclavage, à la fois pour sauver ce qui peut l'être des colonies et jouer un mauvais tour aux Anglais. Le décret de Pluviôse est voté dans l'enthousiasme le 4 février 1794.

Dans la foulée, dès mai 1794, en Guadeloupe, le commissaire de la République chasse les Anglais, libère les esclaves... et fait guillotiner beaucoup de planteurs. Les autres préfèrent émigrer et leurs propriétés sont mises sous séquestre. Les esclaves, à peine libérés de leurs chaînes, sont aussitôt astreints à travailler comme salariés sur les plantations. Beaucoup se révoltent en 1797 contre leurs nouveaux maîtres (Blancs ou affranchis de couleur au service de la République).

Le Premier Consul Napoléon Bonaparte, soucieux de stabiliser les colonies, légalise l'esclavage par le décret du 30 Floréal An X (20 mai 1802). Il ne veut, si l'on peut dire, que le maintenir là où il n'a pas encore été aboli.

Il faut dire que le décret de Pluviôse est resté lettre morte à la Réunion, du fait de l'opposition des planteurs, ainsi qu'à la Martinique, restituée par les Anglais après la paix d'Amiens. Et depuis l'émancipation de Saint-Domingue, il n'y a guère que les esclaves de la Guadeloupe qui puissent se targuer d'avoir bénéficié du décret de Pluviôse.

Là va se jouer le dernier drame de la Révolution. Dans l'île s'opposent les planteurs qui ont émigré pendant la période révolutionnaire et les républicains qui ont repris leurs plantations, parmi lesquels des métis. Le Premier Consul, considérant l'île en rébellion, y envoie une puissante flotte de 11 navires et 3.500 hommes sous les ordres du général Antoine Richepance. L'île est rapidement soumise et les insurgés impitoyablement massacrés.

L'un des héros de la rébellion, Louis Delgrès, un officier mulâtre qui s'est montré toujours fidèle à la Révolution et au Premier Consul, se fait sauter avec ses hommes après avoir affiché une belle proclamation sur les murs de Basse-Terre le 10 mai 1802 : «Le dernier cri de l'innocence et du désespoir».

Outrepassant l'esprit du décret du 20 mai 1802, Richepance rétablit l'esclavage sur l'île comme ailleurs : les hommes de couleur perdent leur citoyenneté et les travailleurs des plantations leur droit à un salaire.

Cette Terreur révolutionnaire et post-révolutionnaire va laisser des traces profondes à la Guadeloupe. Aujourd'hui encore, l'île souffre d'un retard économique et social par rapport à sa voisine, la Martinique, qui a conservé ses structures intactes. L'essentiel de l'économie guadeloupéenne glisse entre les mains des békés de Martinique. Tandis que celle-ci conserve encore aujourd'hui une forte empreinte européenne, la Guadeloupe, débarrassée par la Terreur de la plupart de ses Blancs, est aujourd'hui encore à 95% noire ou métisse.

Le dernier acte de l'esclavage va se jouer au milieu du XIXe siècle. La IIe République, installée à Paris à la faveur de la Révolution de février 1848, décrète l'abolition de l'odieuse institution le 27 avril 1848, à l'initiative du secrétaire d'État à la Marine Victor Schoelcher.

Les planteurs reçoivent une indemnité forfaitaire conformément au décret de Schoelcher. Ils tentent de reprendre la main en sanctionnant le «vagabondage» dans les îles à sucre : c'est une façon d'obliger les anciens esclaves à souscrire des contrats de travail. Ils contournent aussi l'interdiction de l'esclavage en faisant venir des «travailleurs sous contrat» de la Chine du sud ou du Tamil Nadu (Inde du Sud). Il s'agit d'un nouvel esclavage qui ne dit pas son nom comme celui que pratiquent à grande échelle en ce début du XXIe siècle les émirats du Golfe Persique.

L'abolition dément les sombres prophéties des planteurs. Elle se traduit par un regain de l'activité économique dans les vieilles colonies sucrières.

Le deuxième empire colonial

Au milieu du XIXe siècle, sous les règnes de Louis-Philippe 1er et Napoléon III, la France va constituer un second empire colonial et poser de nouveaux jalons sur toute la planète.

Dans le canal de Mozambique, entre Madagascar et l'Afrique, les Comores, un archipel hors du temps, est l'objet de luttes incessantes entre chefs locaux, les «sultans batailleurs». Le sultan qui règne sur Mayotte, en bisbille avec son voisin de l'île d'Anjouan, se place sous le protectorat de la France en 1841 et reçoit en contrepartie une indemnité de 1000 piastres ! C'est comme ça que Mayotte (à peine 3.000 habitants à l'époque) entre dans le giron de la France.

Dans l'océan Pacifique, Tahiti, la plus grande et la plus célèbre des îles-Sous-le-Vent, dans l'archipel de la Société, fait l'objet d'une concurrence entre missionnaires protestants (britanniques) et catholiques (français). Un officier de marine, l'amiral Dupetit-Thouars, devance les Anglais en imposant en 1842 le protectorat de la France à la reine Pomaré IV. Tahiti ainsi que les autres îles et archipels de la Polynésie deviendront colonie française en 1880.

La concurrence franco-anglaise, toujours elle, se prolonge à l'ouest. Devancés par les Anglais en Nouvelle-Zélande, les Français se rattrapent en mettant la main sur la Nouvelle-Calédonie. Le contre-amiral Febvrier-Despointes en prend possession au nom de l'empereur Napoléon III le 24 septembre 1853. Pas de protectorat qui vaille.

Les «confettis de l'empire»

La Martinique, la Guadeloupe, la Guyane et la Réunion, que la France a peuplées, en bonne partie hélas par la contrainte, sont devenues une part indissociable de la nation. C'est pourquoi, dans l'enthousiasme de la Libération, elles ont obtenu de l'Assemblée nationale, le 19 mars 1946, qu'elles soient hissées au rang de département d'outre-mer.

Publié ou mis à jour le : 2010-11-11 10:10:04