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XIXe-XXe siècles

Darwinisme social et racisme scientifique


Le 24 novembre 1859, la publication de L'Origine des espèces par Charles Darwin jette les bases de la théorie de la sélection naturelle. Cette théorie montre que la nature sélectionne les espèces animales et végétales les mieux adaptées à leur environnement, les autres étant vouées à la disparition.

Herbert Spencer, un savant contemporain de Charles Darwin et tout aussi populaire, traduit cela par la «sélection des plus aptes» (survival of the fittest).

Sélection naturelle et survie des plus aptes

La théorie de la sélection naturelle arrive à point nommé pour justifier les menées impérialistes, les conquêtes coloniales, l'exacerbation des nationalismes et le rejet de la charité chrétienne par nombre d'idéologues, de penseurs et de chefs politiques. D'où son succès immédiat. Elle donne naissance au darwinisme social, un système idéologique qui voit dans les luttes civiles, les inégalités sociales et les guerres de conquête rien moins que l'application à l'espèce humaine de la sélection naturelle.

Cette idéologie considère légitime que les «races humaines» et les êtres les plus faibles disparaissent et laissent la place aux races et aux êtres les mieux armés pour survivre, en totale contradiction avec l'éthique chrétienne qui a jusque-là gouverné l'Europe.

Elle prône également l'eugénisme, c'est-à-dire l'amélioration de l'espèce humaine par une sélection à la naissance ou à la conception, à la façon dont procèdent de toute éternité les éleveurs de bétail.

Du darwinisme social à Hitler

Le darwinisme social et l'eugénisme recueillent un succès croissant, en liaison avec la sécularisation de la société et la confiance des élites européennes en la puissance de la science. Dans Le siècle des génocides, Bernard Bruneteau souligne l'influence de ces perversions idéologiques sur les intellectuels de la fin du XIXe siècle.

Charles Darwin lui-même n'échappe pas totalement à ces idées dans l'air du temps. En 1871, dans La descendance de l'homme (The descent of Man), le savant anglais voit la disparition des «races inférieures» colonisées par les Européens comme le résultat d'une impitoyable concurrence. En 1872, dans L'expression des émotions chez l'homme et les animaux, il tente de montrer que les sociétés humaines seraient elles-mêmes régies par la sélection naturelle.

Femme éprise des Lumières, antichrétienne et féministe, la Française Clémence Royer, qui traduit et introduit Darwin en France, s'élève contre la «protection exclusive et inintelligente accordée aux faibles, aux infirmes, aux incurables, aux méchants eux-mêmes, à tous les disgraciés de la nature».

Le principal chantre français du darwinisme social est un sous-bibliothécaire à l'université de Montpellier, Georges Vacher de Lapouge, qui se hasarde à établir une hiérarchie des races. Il est en relation avec un condisciple allemand, Ludwig Woltmann, ex-marxiste converti au darwinisme social, qui fonde en 1902 la Politisch-Anthropologische Revue et prône la mise en oeuvre d'une politique volontariste pour améliorer la race germano-nordique (émigration, expulsion, interdiction des mariages mixtes et de la procréation et... «extermination directe»).

En Allemagne, le darwinisme social est promu par un sociologue réputé, Ernst Haeckel, qui mêle scientisme, convictions pangermanistes et détestation du christianisme. Il publie en 1883 un livre à succès, La lutte des races, tiré à plusieurs centaines de milliers d'exemplaires, dont on retrouve les idées centrales dans Mein Kampf, le projet politique de Hitler...

André Larané

Publié ou mis à jour le : 2010-05-22 21:27:25