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Une histoire de la Grande Crise

Le sursaut des années 1980


Au début des années 1980, les difficultés de la décennie précédente - baisse de performance des entreprises, inflation, fluctuations monétaires et endettement des États - relancent en Occident les débats sur les choix économiques.

Joseph Savès
[cliquez sur la frise et faites défiler les événements de la période]
Frise chronologique de Notre époque (1945-2012)

Une idéologie bienvenue

Milton Friedman, chef de file de l’«école de Chicago», voit la clef de la prospérité dans la lutte contre l’inflation et la maîtrise de la masse monétaire par la banque centrale, à travers le maniement des taux d’escompte. C’est ce qui le distingue des anciens économistes, d’Adam Smith à son rival John Maynard Keynes, qui concentraient leur attention sur la production et l'échange de biens et de services.

Dès lors qu’une bonne gestion de la monnaie suffit au bonheur collectif, il n’est plus besoin d’État. Friedman reprend à son compte les thèses de l’économiste Friedrich Hayek. Celui-ci, révulsé par les systèmes totalitaires (nazisme et communisme), a fondé en 1947 une école ultralibérale ou libertarienne dénommée «Société du Mont-Pèlerin» qui préconise la privatisation des services d'intérêt général et la réduction de l’impôt à sa plus simple expression. Ses prescriptions ont été appliquées par les «Chicago boys» avec un indéniable succès au Chili après la chute dramatique du gouvernement d’Union populaire de Salvador Allende en 1973.

La théorie monétariste de Milton Friedman devient vérité officielle avec l’accession au pouvoir de ses partisans, Margaret Thatcher, Premier ministre du Royaume-Uni (1979-1990), et de Ronald Reagan, président des États-Unis (1981-1989). En France, elle est en partie avalisée par le gouvernement socialiste de François Mitterrand en 1983 et ses jeunes économistes (Laurent Fabius, Dominique Strauss-Kahn, Daniel Cohen).

Les possédants et, de façon plus générale, les épargnants s’accommodent parfaitement des thèses de Friedman et deviennent de fervents partisans de la lutte contre l’inflation. Il faut dire qu’au début des années 1980, celle-ci flirte avec les 10% par an. Les salariés n'en souffrent pas car les salaires augmentent encore plus vite. Mais les dividendes et les revenus des obligations, quant à eux, ne suivent pas, de sorte que les grosses fortunes et les bas de laine s’érodent très vite.

Capitalisme prédateur

Dès 1981, Jack Welch, charismatique président de General Electric, préconise de privilégier désormais dans la gestion des entreprises la «valeur actionnariale», autrement dit le taux de profit et le dividende versé aux actionnaires. Ceux-ci, en tant que propriétaires de l’entreprise, ont toute légitimité pour savoir ce qui est bon pour elle. Il faut leur rendre le pouvoir que s’est accaparée la «technostructure», une expression de l’économiste John Kenneth Galbraith pour désigner la puissance nouvelle acquise par les managers dans les années 1960 et 1970.

Mais comment faire pour que les dirigeants d’entreprise accordent désormais davantage d’attention à leurs actionnaires ? C’est simple : il faut les rémunérer en conséquence. Dès lors apparaissent les «stock options» et la rémunération des cadres dirigeants à la «performance», en fonction de l’évolution du cours de l’action et des dividendes. C’est le début d’une inflation vertigineuse des salaires des grands dirigeants dont, trois décennies plus tard, on ne voit pas encore la fin.

Les résultats sont-ils à la hauteur des espérances ? Oui et non. Jack Welch et les théoriciens néolibéraux (ainsi qualifie-t-on aujourd’hui les tenants de cette idéologie sans rapport avec l’économie libérale classique et néo-classique) oublient que les actionnaires sont par nature infidèles, à la grande différence des salariés et des cadres d'entreprise.

Soucieux de leur intérêt, les actionnaires veulent s’enrichir au plus vite en tirant un maximum de leurs titres et en les revendant au plus haut prix. Ils se contrefichent du sort des entreprises sauf dans le cas d’une entreprise familiale à laquelle ils sont liés par des considérations particulières.

En conséquence, dans les années 1980, les taux de profit des très grandes entreprises occidentales grimpent jusqu’à 15% par an et plus tandis que, dans le même temps, le produit national ne croît que de 2 à 4% par an. Cette performance paradoxale est obtenue en sabrant tous les postes de l’entreprise : salaires, achats, investissements… au détriment, donc, de son avenir. Elle est aussi obtenue en fermant les divisions les moins rentables, au risque de faire perdre à l’entreprise la cohésion qui lui permet de résister durablement à ses concurrents.

On voit alors se multiplier les prédateurs. À l’instar de Bernard Tapie, ils achètent à crédit des entreprises sous-capitalisées, les assainissent et les revendent «par appartements» avec un profit substantiel.

Le printemps de la «high tech»

Au bord de l’océan Pacifique, loin des débats oiseux sur la monnaie et l’épargne, des jeunes gens explorent avec frénésie les ressources inouïes du microprocesseur.

Le 1er avril 1976, Steve Jobs (21 ans) et Steve Wozniak (26 ans) ont fondé à Cupertino, au sud de San Francisco, la société Apple afin de commercialiser leur premier micro-ordinateur. En novembre 1980, à Seattle, Microsoft, la société de Bill Gates (25 ans), fournit au géant IBM un système d’exploitation pour ses futurs micro-ordinateurs. Et le 24 janvier 1984, Steve Jobs présente le Macintosh.

De fait, le microprocesseur bouleverse les activités bureautiques et industrielles. De jeunes sociétés («start-up») comme Apple et Microsoft multiplient les innovations et connaissent une croissance fulgurante, en Californie, dans la Silicon Valley, et bientôt dans tous les pays industrialisés.

Les investisseurs sont eux-mêmes séduits par la perspective de gains rapides avec, en prime, la satisfaction de contribuer au progrès collectif. C’est l’heure de gloire du «capital-risque» : on investit dans une jeune société et l’on se retire avec un pactole une fois qu’elle est lancée (avec le risque d’échouer).

L’arrivée de la robotique bouscule la grande industrie manufacturière. Le textile en premier lieu mais aussi l’automobile voient diminuer leurs effectifs ouvriers. On commence aussi à délocaliser les activités de main-d’œuvre dans les pays pauvres (Taïwan, Corée du Sud) mais le phénomène demeure marginal.

Missiles contre missiles

L’investissement dans les nouvelles technologies est puissamment soutenu par un regain de tension dans la guerre froide entre les États-Unis et l’URSS. Le vieux «tsar» soviétique Leonid Brejnev, qui arrive en fin de course (il meurt le 10 novembre 1982), déploie des missiles SS20 le long du «rideau de fer» qui coupe l’Europe en deux.

Devant le Bundestag, à Bonn (première capitale de la République Fédérale Allemande), le président Mitterrand lance le 20 janvier 1983 : «Les missiles sont à l’est, les pacifistes sont à l’ouest». Le président Reagan installe des missiles Pershing en Europe. Libéré du fardeau vietnamien, il relance activement la course aux armements. Il joue «Stars War» pour de bon. C’est du pain bénit pour les entreprises américaines de l’aérospatiale et de l’électronique.

Lancement d'Ariane 5 sur la base de Kourou (projet européen) Les Européens de l’Ouest resserrent les coudes. La priorité est à la modernisation industrielle et à l’éducation, clé des succès futurs (en France, l’objectif est d’amener 80% d’une classe d’âge au niveau du bac).

Les grands programmes nationaux ou intergouvernementaux lancés dans les décennies précédentes portent leurs fruits (TGV, Airbus, Ariane…).

La Communauté économique européenne (CEE), fondée par le traité de Rome, atteint sa vitesse de croisière. De jeunes démocraties y font leur entrée : Espagne, Grèce, Portugal. Le Système monétaire européen limite sans les interdire les fluctuations entre les monnaies de la CEE.

À Bruxelles, Jacques Delors, président de la Commission européenne depuis 1985, est convaincu des vertus du libre-échange. Il ambitionne de donner un nouvel élan à l'intégration économique de la Communauté par la suppression des barrières intérieures et l'acceptation confiante de la concurrence étrangère. Il s'ensuit la signature de l'Acte unique, dont la mise en oeuvre est prévue le 1er janvier 1993. 

Qui s'en inquièterait ? Il n’y a guère de concurrent qui fasse de l’ombre aux Européens, hormis le Japon et bien sûr les États-Unis. Encore très faibles, la Chine, l’Inde et l’Amérique latine sont en pleines réformes structurelles.

Le Japon a immédiatement adopté les nouvelles technologies. Avec une organisation quasi-militaire, il s’est lancé à la conquête de marchés mondiaux bien ciblés : électronique grand public, machines-outils et robots… Il n’a rencontré d’échec que dans l’horlogerie, du fait de la contre-offensive d’un visionnaire, le Suisse Nicolas Hayek, qui a fondé en 1980 la marque Swatch.

Ébranlements géopolitiques

Les commentateurs prédisent un rattrapage des États-Unis par le Japon. Ses hommes d’affaires acquièrent des gratte-ciel à New York, des studios à Hollywood et des tableaux de maître. Mais en 1989, tandis que disparaît l’empereur Showa (Hiro-Hito) après 60 ans de règne, le pays entre brutalement en dépression pour avoir trop présumé de ses forces. Il fait dès lors le dos rond et s’adapte tant bien que mal à une croissance atone et une démographie vieillissante.

Plus important : les Soviétiques, à bout de souffle, s’épuisent dans la course aux armements. Le drame de Tchernobyl, en avril 1986, jette une lumière crue sur leur fragilité. Ils ne tardent pas à s’effondrer littéralement sur eux-mêmes. Avec la chute du mur de Berlin, le 9 novembre 1989, le monde a le sentiment justifié qu’une ère historique vient de se terminer.

[Le relâchement des années 1990]

Publié ou mis à jour le : 2013-02-26 11:50:36