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Les Chroniques d'Herodote.net
Qui a accompli le premier Tour du monde à la voile ?
RéponseAlgérie
Une décolonisation dans la douleur
La France occupe l'Algérie après 1830 sans l'avoir vraiment souhaité. Le territoire devient sous la IIIe République le joyau du nouvel empire colonial. Mais la population musulmane est majoritairement maintenue à l'écart des progrès économique et social.
Après la Seconde Guerre mondiale, ses élites tentent mais en vain de secouer l'ordre colonial et d'obtenir une place équitable au sein de la République française...
Échec de l'intégration républicaine
Après la difficile soumission du pays et l'échec du projet de Napoléon III de constituer en Algérie un «royaume arabe» associé à la France, les dirigeants de la IIIe République organisent un régime franchement discriminatoire. Par le décret Crémieux, iIs accordent la citoyenneté française aux habitants israélites. De leur côté, les musulmans conservent le droit de demander la citoyenneté française, conformément à une loi du Second Empire. Mais ils doivent pour cela renoncer à titre individuel au statut coranique, jugé incompatible avec la Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen (inégalité juridique de l'homme et de la femme).
La citoyenneté interdit aux musulmans qui l'ont demandée de faire appel aux arbitrages du juge coutumier, le «cadi», ainsi que de pratiquer la polygamie, le droit de répudiation... Très peu s'y rallient, à l'exception notable d'une minorité de Kabyles qui non seulement renoncent au statut coranique mais aussi se convertissent à la religion chrétienne. Les autres sont soumis à partir de 1881 au régime de l'indigénat, avec l'obligation d'un permis de circulation. Bien que non-citoyens, ils n'en sont pas moins astreints au paiement de l'impôt et au service militaire.
La IIIe République constitue la même année, en 1881, l'Algérie sous la forme de trois départements : Oran, Alger et Constantine. Elle francise par la même occasion les noms de localités.
En 1898, un statut spécial place les trois départements algériens sous l'autorité d'un gouverneur général dépendant du ministère de l'Intérieur, avec une Assemblée algérienne élue de 69 membres dont 48 Européens et assimilés.
Relance de la colonisation
La IIIe République relance par ailleurs la colonisation européenne. Les premiers bénéficiaires sont 10.000 ressortissants de l'Alsace-Moselle qui ont quitté leur terre natale suite à son annexion en 1871 par l'empire allemand. En 1900, pas moins d'un million d'hectares de terres sont cultivées par des Européens, essentiellement en vigne et en blé.
Au milieu du XXe siècle, les habitants d'origine européenne et les citoyens assimilés d'origine juive représentent un peu plus de 10% de la population totale. Ils forment une communauté soudée, repliée sur elle-même, méfiante à l'égard des musulmans autant que des Français de la métropole. La plupart vivent modestement, au regard du niveau de vie dans les villes de la métropole. Ils votent en majorité à gauche.
Une minorité de grands propriétaires terriens dominent la vie publique et leur influence est d'un grand secours aux petits colons quand il s'agit d'enterrer des projets de réforme.
Naissance d'une identité musulmane
Chez les musulmans, des revendications politiques contradictoires se font jour dans les années 1930. Le Parti Populaire Algérien de Messali Hadj demande l'indépendance tandis que la Fédération des élus indigènes réclame une complète assimilation.
L'idée d'une nation algérienne est encore étrangère à la plupart des habitants. Le militant Ferhat Abbas dira avoir cherché l'Algérie dans les livres et les cimetières et ne pas l'y avoir trouvée.
En 1936, le président du Conseil Léon Blum et le gouverneur Viollette proposent de conférer à tout juste 21.000 musulmans le droit de vote aux élections législatives. Mais les élus d'Algérie s'y opposent violemment et le projet Blum-Viollette, malgré sa timidité, n'est même pas voté.
Au début de la Seconde Guerre mondiale, les Français d'Algérie se rallient massivement au gouvernement de Vichy conduit par le maréchal Pétain. En 1942, l'Algérie est occupée par les Anglo-Saxons. Robert Murphy, représentant du président Roosevelt, ne se fait pas faute de dénoncer alors le colonialisme.
Les Algériens musulmans découvrent l'inanité de leur statut d'indigène et demandent que des droits politiques leur soient enfin reconnus (*). C'est ainsi que Ferhat Abbas publie le Manifeste du peuple algérien avec 28 élus musulmans le 10 février 1943. Il fonde par ailleurs l'Union démocratique du manifeste algérien (UDMA) tandis que Messali Hadj fonde le Mouvement pour le triomphe des libertés démocratiques (MTLD).
Prémices de la révolte
En signe d'ouverture, le 7 mars 1944, le gouvernement provisoire d'Alger octroie la citoyenneté française à 70.000 musulmans (l'Algérie compte à cette date près de 8 millions de musulmans pour moins d'un million de citoyens, ceux-ci étant d'origine européenne ou descendant des juifs d'Algérie naturalisés par le décret Crémieux !).
Jugeant ce geste très insuffisant, Messali Hadj et Ferhat Abbas projettent un congrès clandestin qui proclamerait l'indépendance. L'année suivante, ils se proposent de profiter de la liesse de la victoire pour brandir le drapeau de l'Algérie indépendante. Mais Messali Hadj est arrêté en avril 1945 et les manifestations débouchent sur les dramatiques massacres de Sétif, le 8 mai 1945 (plusieurs milliers de victimes).
La IVe République consent en 1947 à accorder un statut plus décent à l'Algérie. Celle-ci devient «un groupe de départements dotés de la personnalité civile, de l'autonomie financière et d'une organisation particulière».
Mais, cédant aux injonctions des grands propriétaires pieds-noirs, le gouvernement français institue une Assemblée algérienne avec un double collège qui reproduit la division de la société : le premier collège représente les 950.000 Français du pays et quelques 45.000 musulmans ; le second, de même poids politique, représente les 8,5 millions d'autres musulmans, dont le taux de natalité très élevé conduit à penser qu'ils occuperont une place de plus en plus grande dans leur pays. Comme si ces distorsions ne suffisaient pas, le travail de l'Assemblée algérienne est compromis dès le départ par le trucage du scrutin. Autant d'injustices flagrantes qui portent en germe le conflit futur...
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