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Richard Coeur de Lion (1157 - 1199)

Si peu roi, si peu anglais


Fils préféré d'Aliénor d'Aquitaine, Richard 1er, qui sera surnommé Coeur de Lion à la suite de ses «exploits» en Terre sainte, naît sur le sol anglais mais ne résidera en tout et pour tout que quelques mois dans le royaume que lui aura légué son père Henri II Plantagenêt.

Ce chef de guerre aux moeurs brutales et dépourvu de sens politique bénéficie d'une aura paradoxale, en partie à cause de son surnom, en partie à cause des héros de légende auxquels on l'associe : Robin des Bois et Ivanhoé.

André Larané.
Un soldat épris de poésie

Aliénor donne le jour à Richard le 8 septembre 1157, après une fille et deux garçons. Richard, qui sera toujours le préféré de ses nombreux enfants malgré (ou à cause de) son tempérament brutal et colérique, suivra sa mère à Poitiers, capitale de ses domaines aquitain et poitevin, où elle ruminera son amertume d'être trompée par son jeune et fringant mari, le roi Henri II.

Auprès d'Aliénor, le jeune Richard s'initie comme tout jeune noble de son temps aux arts guerriers et aux tournois mais aussi à la poésie. Il parle latin et se pique d'écrire des vers en français et en occitan.

Selon la tradition familiale, le roi envisage de léguer à son fils aîné Henri le trône d'Angleterre et le duché de Normandie, à Richard, le préféré d'Aliénor, l'Aquitaine et l'Anjou, et à Geoffroy, la Bretagne. Il ne prévoit rien pour le petit dernier, Jean, qui restera dans l'Histoire sous le nom de Jean sans Terre.

Le 6 janvier 1169, Henri II conclut avec le roi de France Louis VII une paix perpétuelle consacrée par une promesse de mariage entre Alix (9 ans) fille de Louis VII, et Richard (11 ans).

Henri II fait un peu plus tard sacrer son fils Henri Court-Mantel mais ce dernier ne se satisfait pas de cet honneur. Il réclame de jouir sans délai de la Normandie ! Son père refuse. Là-dessus, le roi corrige le partage de son héritage en attribuant à son fils Jean les châteaux de Chinon, Loudun et Mirebeau.

Henri Court-Mantel proteste contre ce vol d'héritage. Il complote avec quelques grands vassaux du Limousin et fait mander à sa mère d'engager ses frères Richard et Geoffroy en sa faveur. Aliénor hésite. La raison politique voudrait qu'elle ramène l'harmonie dans sa famille. Elle préfère entraîner ses fils dans la révolte ! C'est le début de guerres familiales insensées...

«Oc e no»

Henri II réagit avec détermination, s'empare d'Aliénor et l'incarcère près de Londres. Là-dessus, le roi revient sur le Continent et, le 23 septembre 1174, se réconcilie avec Court-Mantel. C'est un peu plus tard le tour de Richard.

Habilement, le roi impose à ce dernier de ramener à la soumission les seigneurs d'Aquitaine qui l'ont accompagné dans la rébellion. Richard s'engage sans mesure dans cette entreprise qui va le détacher de ses sujets. À la tête de ses mercenaires, les cottereaux, il attaque les forteresses et ravage les terres. Pendant ce temps, en Angleterre, son père ose abuser d'Alix de France, adolescente promise en mariage à Richard !

Précaire, l'entente familiale est mise à mal par la mort d'Henri Court-Mantel, frappé de maladie. Comme Richard devient le nouvel héritier du trône d'Angleterre, Henri projette de transférer l'Anjou et l'Aquitaine à Jean, son fils préféré. Protestation de Richard, qui s'est attaché à ses domaines continentaux, comme sa mère et malgré les ravages qu'il y a exercés. À nouveau il se rebelle et entraîne Geoffroy avec lui. Ses incessantes volte-face lui valent d'être surnommé «Oc e no» (oui et non) par le troubadour occitan Bertrand de Born, ami de sa mère.

À la Noël 1184, Henri II réunit sa famille à Cantorbéry pour un plaid solennel. Il libère Aliénor et rend à Richard l'Aquitaine et l'Anjou. Nouveau drame : le 19 août 1186, Geoffroy meurt lors d'un tournoi à la cour de Philippe Auguste.

Le roi capétien veut profiter de la situation pour abattre les Plantagenêt. Une guerre se prépare quand soudain, coup de tonnerre, survient la terrible nouvelle : Jérusalem vient de tomber aux mains des Sarrasins ! Une nouvelle croisade en Terre sainte s'impose, quarante ans après la précédente. Richard se croise sans attendre. Philippe II Auguste et Henri II conviennent de se croiser également mais ne se hâtent pas...

Richard, une nouvelle fois, se révolte contre son père et Jean se joint à lui ! Sur ce coup fatal, Henri II meurt d'une crise cardiaque le 6 juillet 1189 à Chinon.

Un roi à la croisade

Voilà Richard roi ! Il est couronné le 3 septembre 1189 à Westminster. Brutal, colérique, cupide, il est pris en main par sa mère et s'assagit quelque peu. Il se met en marche enfin pour la Terre Sainte, non sans se heurter avec le roi de France Philippe Auguste. Celui-ci le presse pour qu'il épouse la malheureuse Alix, qui a été déshonorée par Henri II. Richard, célibataire endurci, n'en a guère envie.

Sa mère, plus raisonnable, anxieuse de lui trouver une femme de remplacement, va quérir Bérengère de Navarre et rejoint à la hâte son fils à Messine, d'où il s'apprête à embarquer pour la Terre sainte, afin de lui confier sa nouvelle fiancée. La flotte anglaise, enfin, largue les amarres le 12 avril 1191 au grand soulagement de Tancrède, seigneur de Messine. C'est le début de la troisième croisade... Un flamboyant échec !

Pris dans une tempête, le bateau de Bérengère et Jeanne, la soeur de Richard, s'échoue sur l'île grecque de Chypre. Richard débarque à son tour sur l'île, épouse sa fiancée à Limassol et par la même occasion s'empare de l'île. Sa flotte se rend ensuite à Saint-Jean-d'Acre, au nord de la Palestine.

Le port, possession turque, est assiégé par une petite troupe de Francs. L'arrivée des croisés précipite les événements. Acre tombe au bout d'un mois. C'est un succès pour Richard 1er, toutefois terni par une querelle avec le duc Léopold d'Autriche à propos du butin. Richard, colérique comme à son habitude, jette un oriflamme du duc du haut des remparts. Cette insulte lui coûtera cher...

En attendant, le roi chevalier fait exécuter les prisonniers turcs sur la plage puis suit la côte avec son armée jusqu'à Jaffa, sans cesser d'être harcelé par les troupes du sultan Saladin. Il reconquiert ainsi la bande côtière et remporte une victoire à Arsuf le 7 septembre 1191 mais, faute d'atteindre Jérusalem, se résigne à conclure en septembre 1192 une trêve de trois ans avec le sultan.

L'échec de la croisade est consommé même si Richard, nouant des rapports de courtoisie avec son adversaire, ne craint pas de proposer sa soeur Jeanne en mariage au frère de celui-ci en vue de gouverner ensemble la Terre sainte !

Ultimes bravades

Comme le roi anglais a ouï des intrigues troubles de son frère Jean sans Terre et du roi Philippe Auguste, qui est depuis longtemps retourné en France, il décide de rentrer à son tour sans tarder. Las, voilà que son bateau, cette fois, fait naufrage sur les côtes italiennes. Tandis qu'à Londres, on croit le roi perdu, celui-ci tente de regagner en secret son royaume avec une poignée de compagnons.

Déguisés en voyageurs anonymes, les Anglais pénètrent en Autriche mais ils sont reconnus et capturés par les hommes du duc Léopold, celui-là même qui a été insulté à Acre. La vengeance étant comme chacun sait un plat qui se mange froid, le duc va se régaler...

Il «vend» son royal prisonnier à l'empereur d'Allemagne Henri VI, lequel va négocier sa libération contre une énorme rançon (100.000 livres). Ce n'est en définitive qu'en mars 1194 que Richard retrouve ses terres.

Orgueil, avarice et luxure

Richard 1er doit en premier lieu reprendre la Normandie. En juillet 1194, ses troupes surprennent celles du roi Philippe Auguste pendant que celles-ci se reposent dans la forêt de Freteval, entre Blois et Paris. Tandis que les Français s'enfuient, les Anglais pillent le camp et s'emparent des registres et même du sceau royal. Philippe Auguste, instruit par cette mésaventure, va désormais renoncer à se faire accompagner par ses archives et son trésor. Il va créer, à Paris, pour leur conservation l'hôtel des Chartes.

Le roi Richard découvre dans les archives capétiennes les preuves de la trahison de son frère mais lui accorde son pardon. Il conclut en 1196 un traité avec Philippe Auguste par lequel il lui cède les forteresses normandes de Gaillon et Vernon. Pour protéger ce qui lui reste de la Normandie, il fait construire la puissante forteresse de Château-Gaillard, au-dessus de la Seine.

On prête au roi Richard cet échange avec le prélat Foulque de Neuilly. Celui-ci lui lance : «O Prince, tu as trois filles qui te conduiront à ta perte.
_ Tu te trompes, homme de Dieu ! Je n'ai pas d'enfant
_ Hélas, tu ne les connais pas. Ces filles sont l'orgueil, l'avarice et la luxure. Il faut t'en défaire.
_ Eh bien, je donne mon orgueil aux Templiers, mon avarice aux moines de Cîteaux et le reste aux prélats du royaume.

Ayant entendu parler d'un trésor caché dans la seigneurie de Châlus-en-Limousin, le roi décide de s'en emparer avec son fidèle lieutenant Mercadier et une troupe de cottereaux (mercenaires). La forteresse est modeste et mal défendue. Il n'empêche qu'un arbalétrier du nom de Pierre Basile surprend du haut des murailles le roi qui se promène tête nue non loin des tours. Il lui décoche un carreau qui se fiche dans l'épaule du roi. Tandis que le roi agonise, les cottereaux s'emparent de la forteresse et Mercadier fait mettre à mort l'arbalétrier trop habile. Aliénor arrive juste à temps pour voir son fils expirer dans ses bras. On est le 6 avril 1199 et la vieille reine elle-même n'a plus que 5 ans à vivre.

Jean sans Terre, cinquième fils d'Aliénor, s'approprie sans tarder la couronne, au mépris des droits de son neveu Arthur de Bretagne, fils de son frère aîné Geoffroy, mort prématurément.

La légende de Robin des Bois

Le nom de Richard Coeur de Lion est associé à celui de deux héros fictifs : Robin des Bois et Ivanhoé.

Robin Hood («Robin la Capuche», devenu par une mauvaise traduction Robin des Bois) est un héros folklorique anglais dont les premières citations remontent au XIVe siècle : ce braconnier de la région de Nottingham était supposé détrousser les riches et redistribuer le butin aux pauvres ! Il va jouir d'une seconde vie grâce au cinéma qui va faire de lui un noble traqué par le méchant Jean sans Terre et préparant le retour du roi Richard avec sa fiancée Marianne (Mathild Marion) et ses compagnons (Frère Tuck ou Friar Tuck...). Voir Les aventures de Robin des Bois, avec Errol Flynn (1938).

Robin des Bois est aussi mis en scène dans le roman de Walter Scott, Ivanhoé (1819). Il se présente dans ce roman et les films qui en ont été tirés comme l'ami du héros éponyme, un chevalier au service du roi Richard.

Publié ou mis à jour le : 2011-06-16 15:38:58