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Combien de souverains français ont été capturés sur un champ de bataille ?

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12 juin 2012

Quand l'amour se mêle à la politique


Quelques mots inspirés par la jalousie ont terni l'image immaculée du nouveau président de la République française. Retour sur une tradition nationale : les jeux de l'amour et du pouvoir...

Couverture de Libération le 13 juin 2012 Valérie Trierweiler, compagne de François Hollande, n'a pas supporté qu'il fasse une entorse à son principe de non-ingérence dans la campagne des législatives en faveur de la mère de ses enfants, Ségolène Royal. Elle a marqué sa différence en prenant publiquement parti pour son rival. 

Cet accès de jalousie écornera-t-il l'autorité du président ou sera-t-il vite oublié ? L'avenir le dira. Mais ce n'est pas la première fois que, dans l'Histoire de France, l'amour s'immisce dans la politique.

On a encore en mémoire le précédent de Nicolas Sarkozy, déstabilisé pendant les premiers mois de son mandat par la rupture avec sa femme Cécilia. Il allait retrouver la stabilité avec sa nouvelle épouse Carla. Remontons le temps...

Gare au pouvoir qui tombe en quenouille

Au début du Moyen Âge, l'autorité des femmes était plutôt bien acceptée dans la haute société et il est arrivé que l'amour fasse bon ménage avec le pouvoir. Guillaume le Conquérant, qui chérissait sa femme Mathilde de Flandre, s'est appuyé sur elle jusqu'à ce que la mort les sépare.

Un autre couple célèbre, qui est également monté sur le trône d'Angleterre, n'a pas eu la même fortune. Le mariage d'amour entre Henri d'Anjou et Aliénor d'Aquitaine a très vite sombré lorsque le jeune comte a croisé sur son chemin une jeune fille à la blondeur craquante, «Fair Rosamond». Son épouse n'a pas supporté cette liaison. Elle a monté ses fils contre leur père et le ménage a viré à la guerre ouverte.

Serait-ce ce mauvais souvenir ou l'exemple malheureux donné par une autre Française, Isabelle, fille de Philippe IV le Bel, qui épouse le roi d'Angleterre Édouard II, le trompe publiquement et finit par le faire exécuter avec la complicité de son amant ? Toujours est-il qu'à la fin du Moyen Âge, les juristes français écartent les femmes de la succession au trône en se référant à une prétendue «loi salique».

Marie-Antoinette, par A-U Wertmüller (1788, château de Versailles)De la méfiance à l'égard des femmes de pouvoir va sortir une expression populaire sur un trône ou un héritage qui «tombe en quenouille», autrement dit tombe entre les mains d'une femme, comme la quenouille dont elle se sert pour filer la laine.

Cette méfiance est renforcée par l'effet néfaste sur le trône de plusieurs maîtresses royales, de la duchesse d'Étampes à la comtesse du Barry.

Pourtant, ce n'est pas une courtisane mais une épouse plutôt sage qui porte le coup le plus sévère à la couronne, en l'occurence Marie-Antoinette

Mariée trop jeune à Louis XVI, aussi inexpérimentée que son mari, elle se montre néanmoins loyale envers lui et leur affection réciproque va grandir avec le malheur. À son corps défendant, elle voit sa réputation injustement salie par des escrocs dans l'Affaire du collier et son impopularité va contribuer à la chute de la royauté.

La République a du coeur

Dans la longue marche vers la démocratie, entamée avec la Révolution à la fin du XVIIIe siècle, la France va longtemps hésiter avant d'accorder aux femmes une place équitable. Les dirigeants républicains et laïcs, à gauche de l'échiquier politique, s'en méfient et craignent qu'elles ne servent les intérêts de l'Église. C'est seulement après la Seconde Guerre mondiale qu'elles obtiendront le droit de vote, longtemps après leurs consoeurs européennes. Aujourd'hui encore, en ce début du XXIe siècle et malgré les bonnes intentions déclarées, les Françaises peinent à accéder aux allées du pouvoir.

Serait-ce faute d'avoir tardé à accorder de véritables responsabilités aux femmes ? Plusieurs fois au cours de l'histoire de la République, les affaires de coeur ont troublé les affaires politiques.

- Léon Gambetta et Léonie :

Née de la guerre franco-prussienne, en 1870, la IIIe République est portée sur les fonds baptismaux par des militants passionnés dont le plus talentueux est un jeune avocat de 32 ans, Léon Gambetta. Orateur magnifique, il accède à la Présidence du Conseil dix ans plus tard mais le 30 janvier 1882, il est désavoué par la Chambre des députés. 

Malade du diabète, il se retire dans sa maison de Ville-d'Avray, auprès de sa maîtresse, une créole dénommée Léonie Léon. Celle-ci a eu un enfant d'une précédente liaison. Depuis sa rencontre avec Gambetta en 1872, elle cultive une relation amoureuse très forte avec celui-ci, illustrée par 6000 lettres passionnées. Mais par souci de respectabilité, les deux amants veillent à garder leur liaison secrète. 

Après son échec devant la Chambre et tandis qu'il prépare son retour sur la scène politique, Gambetta se dispose à régulariser sa situation par un mariage. Mais il n'en aura pas le loisir car il se blesse d'un coup de revolver et meurt quelques jours après, suite à des complications liées à son diabète. Ses opposants susurrent qu'il aurait été blessé par sa maîtresse au cours d'une dispute mais sans doute ne s'agit-il que d'une médisance.

- Georges Boulanger et Marguerite de Bonnemains :

Quelques années plus tard, c'est Boulanger qui sombre dans les affres de l'amour... Le 27 janvier 1889, fort d'une écrasante victoire aux législatives, ce populaire général est appelé par la foule à prendre le pouvoir et renverser la «gueuse» (la république). Reclus dans un restaurant de la rue Royale, à Paris, il tergiverse et finalement, passé minuit, une fois ses partisans dispersés, préfère rejoindre sa maîtresse, la vicomtesse Marguerite de Bonnemains. 

Les républicains qui s'apprêtent à célébrer le centenaire de la Révolution et le triomphe de la République, reprennent les choses en main. Craignant pour sa liberté, Georges Boulanger n'écoute que son courage. Il va rejoindre à Bruxelles sa chère maîtresse, malade de la phtisie. Elle meurt dans ses bras le 16 juillet 1891. Ne se remettant pas de ce malheur, le général se suicide sur sa tombe, à Ixelles, deux mois plus tard.

- Joseph Caillaux et Henriette :

Plus lourde de conséquences fut une autre histoire d'amour, celle qui lia Joseph Caillaux à sa femme Henriette. Président du Conseil en 1911, le premier a réussi à éviter une guerre avec l'Allemagne. Trois ans plus tard, il se dispose à regagner le pouvoir avec une idée forte : maintenir la paix à tout prix. Mais il est la cible d'une campagne de presse conduite par le Figaro.

Cette campagne tourmente au plus haut point Henriette. Élevée dans les principes les plus stricts, elle s'est entendue dire par sa mère qu'il n'y avait pas de plus grand déshonneur que d'être la maîtresse d'un homme marié ! Or, elle-même a entamé sa relation avec Joseph Caillaux du temps où elle était encore mariée à un autre homme et lui-même en ménage avec sa première femme. Elle craint plus que tout que le journal publie une lettre d'amour qui révèle ce passé «déshonorant»

Pour tenter de l'éviter, elle se présente le 16 mars 1914 au siège du Figaro et tue son directeur Gaston Calmette d'un coup de revolver. Son mari se met dès lors en congé de la politique pour défendre sa femme. Celle-ci est acquittée par le jury d'assises le 28 juillet 1914. La nouvelle fait la Une de tous les journaux. Trois jours après, la France décrète la mobilisation générale contre l'Allemagne. Il est permis de se demander si cette mobilisation aurait eu lieu si Joseph Caillaux avait pu revenir au pouvoir et renouveler son exploit de 1911...

- Paul Reynaud et Hélène de Portes :

Paul Reynaud, autre visionnaire malchanceux, préconise dès 1934 une dévaluation du franc au lieu de la «déflation» (ou rigueur). Puis il tente mais en vain de faire adopter l'idée du colonel de Gaulle de créer des unités blindées. Ministre des Finances en 1938, il lance une politique active de réarmement. Président du Conseil le 21 mars 1940, il organise avec détermination la lutte contre l'Allemagne nazie. Après l'invasion du 10 mai 1940, il persiste à refuser l'armistice mais le 16 juin, se voit pousser à démissionner et céder sa place au maréchal Pétain. 

Dans les bureaux du ministère, les visiteurs s'offusquent de l'omniprésence de sa compagne, la comtesse Hélène de Portes. Née en 1902 et plus jeune de 24 ans, elle est comme lui séparée de son conjoint. Le couple vit maritalement et projette de se marier. Las, le 28 juin 1940, la comtesse meurt dans un accident de voiture cependant que Paul Reynaud est blessé... 

Des opposants et des amis contrariés par la démission de Paul Reynaud, tel le général de Gaulle, vont attribuer à l'influence de la comtesse cette décision qui, si elle avait été différée, aurait peut-être évité le déshonneur de l'armistice. Mais sans doute est-ce méconnaître un homme qui avait amplement démontré sa force de caractère et son indépendance d'esprit.

- Georges Pompidou et Claude :

Plus près de nous, Georges Pompidou eut à souffrir des médisances à l'égard de sa femme Claude à laquelle le liait une affection profonde. Le 1er octobre 1968, trois mois après qu'il a quitté son poste de Premier ministre du général de Gaulle, on découvre le corps d'un truand, Markovic, ancien garde du corps d'Alain et Nathalie Delon, deux stars du showbiz. Ce fait divers débouche aussitôt sur une campagne de rumeurs qui met en cause la jet-set de Saint-Tropez et en vient à accuser Claude Pompidou de conduites immorales sur la foi de photos truquées.

Georges Pompidou a tardivement connaissance de ces rumeurs. Il en nourrit un ressentiment profond à l'égard de Charles de Gaulle qui les lui a cachées et a pensé qu'elles n'étaient peut-être pas sans fondement. Il va dès lors afficher sa candidature à la succession du Général sans état d'âme. Ainsi l'injure faite à sa femme a-t-elle indirectement accéléré le retrait de De Gaulle de la vie politique.

Pour conclure

Au terme de ce survol historique, nous constatons que tous nos exemples concernent la France. Nous n'avons pas vu dans d'autres pays de situations où s'entremêlent amour et politique. Avons-nous mal cherché  ? Ou serait-ce que seuls les Français sont assez sentimentaux pour oublier parfois leurs obligations publiques ?

Fabienne Manière
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Mise à jour : 2012-06-19 10:32:10