L'art gothique (aussi appelé ogival ou français)


Après l'An Mil, à l'occasion du renouveau de l'Église, un style architectural dit roman (ou romain, c'est-à-dire d'inspiration latine) s'épanouit en Occident. Il se caractérise par des voûtes en berceau soutenues par de solides parois en pierre.

Mais en 1122, à Sens, au sud-est de Paris, un nouveau style architectural est apparu subrepticement, plus léger, plus élancé, plus lumineux, lors de la construction de la cathédrale Saint-Étienne. Ce style tout à fait original est baptisé «ogival», par référence à l'ogive ou à l'arc brisé, ou encore «art français» car il naît et se diffuse dans le Bassin parisien, à Sens, Saint-Denis, Laon, Noyon, Paris.

Symbolisme et raison

Dans la construction des églises, l'art ogival reprend la forme de croix latine en honneur dans les églises romanes mais il tire profit de l'invention de la croisée d'ogives et des arcs boutants pour multiplier les ouvertures dans les murs et porter la nef à de très grandes hauteurs.

Chaque croisée d'ogives forme dans la voûte quatre arcs brisés qui se croisent au centre et dont les pieds reposent sur des piliers. Le poids de la voûte est ainsi tout entier supporté par les puissants piliers latéraux de la nef.

Arc boutant (dessin d'architecte médiéval)L'effort qui s'exerce sur ces piliers est équilibré par des arcs boutants qui corsettent l'édifice sur son pourtour. Vus du ciel, ces arcs boutants donnent à l'église gothique l'allure d'un insecte monstrueux.

L'art ogival est rationnel. Il se signale par la valorisation de cette structure (arc brisé, arc-boutant, croisées d'ogives,...) et l'absence de décoration superflue. Il est avant tout symbolique et l'on peut en apprécier toute la beauté en contemplant la façade abondamment sculptée et surtout l'intérieur de la nef.

Sur le portail de la façade, les colonnes-statues représentent l'élan des hommes vers le Christ en majesté qui figure sur le tympan du portail. Les statues et les parois des édifices sont peintes de couleurs très vives que nous avons aujourd'hui du mal à nous représenter (il en allait de même pour la statuaire de la Grèce classique qui était tout sauf blanche).

Les vitraux de la Sainte Chapelle (Paris)La hauteur de la nef et la lumière colorée qui tombe des grands vitraux expriment le désir d'élévation vers Dieu.

Les vitraux historiés décrivent les scènes de l'Évangile (*) et de l'Ancien Testament à l'attention des chrétiens analphabètes. On peut encore en apprécier la sauvage beauté dans le choeur de la magnifique cathédrale de Bourges.

Contrairement à des idées reçues, cet art français n'est pas anonyme. Les maîtres d'ouvrage et les architectes se font représenter au coeur de leur oeuvre. Ainsi, dans la basilique de Saint-Denis, le maître d'ouvrage, l'abbé Suger, figure sur plusieurs vitraux et diverses inscriptions citent son nom.

Dans plusieurs cathédrales, le nom de l'architecte en chef se retrouve au coeur du «labyrinthe». Ce dallage symbolise au milieu de la nef le chemin qui mène à Jérusalem.

Compagnons et cHanoïnes

Les bâtisseurs de ces cathédrales appartiennent à des corporations d'artisans très qualifiés et imbus de leur talent, d'où sortiront plus tard les franc-maçons. Ils sont financés par le maître d'ouvrage de l'édifice. En général, celui-ci est constitué par le chapitre qui réunit les chanoines du diocèse concerné. Le chapitre fait appel à la fortune de ses membres et n'hésite pas à piocher dans les ressources du diocèse (dons des fidèles, revenus des propriétés).

< construction du Temple (par Jean Fouquet, XIVe siècle) >Dans les villes en plein essor en Occident au XIIIe siècle, la construction des cathédrales est suivie par la population avec beaucoup de ferveur.

– pour des raisons d'abord religieuses car dans la société de cette époque, chacun se veut bon chrétien.

– pour des raisons plus prosaïques aussi car une belle cathédrale avec les reliques d'un saint prestigieux est source de prestige pour la ville, attire des pèlerins et favorise le commerce.

Les vastes édifices religieux de cette époque servent aussi de lieu de réunion et de rencontre pour les habitants. Ils sont très animés à toute heure du jour, y compris en-dehors des messes. Après Sens et Saint-Denis, l'art ogival s'épanouit au XIIIe siècle à Chartres, Reims, Soissons, Strasbourg, Amiens, Troyes, Bourges,... sans oublier la Sainte Chapelle de Paris, construite par Pierre de Montreuil en 1244-1248 (un siècle après la basilique de Saint-Denis).

Le 28 novembre 1284, l'écroulement de la voûte du choeur de la cathédrale de Beauvais, trop haute et démesurée, marque la fin de la grande époque de l'art ogival ou français, plus tard appelé gothique
 
Incompréhension


L'art français, magnifique création du Moyen Âge, a été tourné en dérision au XVIe siècle par les artistes de la Renaissance, à commencer par Raphaël. Ce dernier, exclusivement attaché à l'art antique, y aurait vu un art tout juste digne des Goths barbares et, le premier, l'aurait qualifié d'art «gothique» dans une lettre au pape Léon X. C'est ce qualificatif qui lui est en définitive resté.

Au XVIIIe siècle, les ecclésiastiques ont fait tout leur possible pour éradiquer l'art gothique qu'ils avaient en horreur. À Notre-Dame et en bien d'autres églises, ils ont détruit à la masse les vitraux d'origine et effacé les peintures vives des murs, des colonnes et des statues. 

Il n'est pas exagéré d'affirmer que les cathédrales et les églises médiévales ont davantage souffert des curés du siècle des «Lumières» que des sans-culottes (*) de la Révolution. Fort heureusement, l'art gothique a été réhabilité par les romantiques du XIXe siècle, Victor Hugo en tête (Notre-Dame de Paris).  


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