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Mohammed Ali Jinnah (1876 - 1948)

Un laïc fonde le Pakistan, «pays des Purs»


Mohammed Ali Jinnah, président de la Ligue musulmane, à l'origine de la création du Pakistan et de la scission des Indes britanniques, est né dans la province du Sind, dans une famille de l'intelligentsia libérale de confession khodja (une confession musulmane très minoritaire, apparentée au chiisme).

À 16 ans, il va étudier le droit en Angleterre à l'instar de nombreux autres jeunes gens de bonnes familles de la même génération. À son retour aux Indes, il devient avocat à Bombay. Musulman peu pratiquant, il épouse une parsie (zoroastrienne) et ne respecte pas les interdits alimentaires imposés par l'islam. L'histoire a gardé de lui l'image d'un homme élégamment vêtu de costumes anglais, fumant le cigare et appréciant le bon whisky.

Béatrice Roman-Amat.
L'Inde divisée

En 1906, Jinnah rejoint le Congrès national indien, un parti multiconfessionnel qui revendique un statut d'autonomie pour les Indes britanniques. Il est élu au Conseil législatif du vice-roi des Indes.

D'abord partisan de l'union entre musulmans et hindous, il devient membre, puis président, de la Ligue musulmane et participe activement aux négociations du Pacte de Lucknow (1916) par lequel le parti du Congrès de Gandhi et la Ligue musulmane demandent conjointement l'indépendance aux Britanniques. Ce pacte reconnaît également aux musulmans le droit à des collèges électoraux séparés leur garantissant une représentation législative équilibrée.

En 1920, Jinnah quitte le Congrès pour marquer sa désapprobation à l'égard de la campagne de non-coopération avec les Britanniques lancée par Gandhi. Lui-même est très respectueux de l'ordre constitutionnel. Les tensions entre la Ligue musulmane et le Congrès vont crescendo, car celui-ci renie, par la voix de Nehru, le principe des collèges électoraux séparés. Installé à Londres, Jinnah participe à des tables rondes sur l'avenir des Indes mais se fait de moins en moins d'illusions sur la possibilité d'un accord avec le Congrès. Il ne revient en Inde qu'en 1934, lorsqu'il est élu président permanent de la Ligue. Au sein de cette dernière émerge l'idée d'un État musulman autonome, le Pakistan. Pour l'heure, Jinnah s'y oppose avec fermeté.

Le Congrès remporte les élections de 1937 et rejette les propositions de la Ligue musulmane de former une coalition avec elle, au nom des scores élevés qu'il a obtenus. Cette date constitue un tournant pour l'orientation idéologique de Jinnah : à partir de 1938, il dénonce la menace d'un «Congrès hindou» (confessionnel) et réclame la création de deux fédérations : l'une musulmane, l'autre non-musulmane.

Il affirme que les hindous et les musulmans forment deux nations différentes, car ils «appartiennent à deux civilisations séparées. Réunir ces deux nations au sein d'un seul État, l'une disposant de la majorité et l'autre minoritaire, ne peut qu'engendrer un mécontentement croissant». Selon le spécialiste du sous-continent indien Christophe Jaffrelot «Jinnah et la plupart de ses lieutenants [de la Ligue musulmane] ne sont pas religieux, mais utilisent l'islam à des fins de mobilisation nationaliste».

Pendant la Seconde Guerre mondiale, Jinnah soutient les Britanniques. L'idée de Pakistan, «pays des Purs», qui regrouperait les régions majoritairement musulmanes des Indes, se précise au sein de la Ligue musulmane.

Après l'échec du compromis présenté par le vice-roi Lord Wavell à la conférence de Simla à l'été 1946, Jinnah organise une journée de protestation nationale qui débouche sur des heurts meurtriers entre musulmans et hindous le 16 août 1946.

Là-dessus, la Ligue musulmane a la satisfaction de remporter tous les sièges réservés aux musulmans aux élections à l'Assemblée constituante, conférant une légitimité au projet de Jinnah de créer un État séparé pour les musulmans.

Malgré l'opposition de Gandhi, fervent partisan de la création d'un État unique pour les différentes communautés, le 15 août 1947, l'Indian Independance Bill officialise la partition des Indes et la création de l'État indépendant du Pakistan, couvrant le Pakistan et le Bangladesh actuels. Plusieurs centaines de milliers de personnes meurent dans les transferts de populations et les émeutes interreligieuses liées à la Partition.

Malgré son souhait de cantonner autant que possible la religion dans la sphère privée, Jinnah doit accepter que la loi du pays se fonde en grande partie sur la sharia. Devenu gouverneur général du Pakistan indépendant puis élu président de l'assemblée constituante, il meurt de la tuberculose le 11 septembre 1948, alors qu'une tâche colossale reste à accomplir pour construire le nouvel État...

Un laïc fondateur d'un État religieux ?

Révéré au Pakistan comme «Qaid-i-Azam» (grand leader), Jinnah est un personnage à la mémoire complexe : pour les Pakistanais, il est le père de la nation, le fondateur du premier État musulman d'Asie du sud, mais, pour les Indiens, il est l'architecte de la partition dont le souvenir est encore à vif dans bien des esprits.

En 2005, une violente controverse se déclencha en Inde, lorsque L.K. Advani, un des leaders du parti indien BJP (nationalistes hindous) qualifia Jinnah de grand homme d'État laïc, au cours d'une visite à Karachi. Des effigies d'Advani furent immédiatement brûlées par des hindous furieux. La presse indienne débattit pendant des jours de l'héritage de Jinnah, le fondateur laïc du «pays des Purs», l'un des bastions actuels du fondamentalisme islamique.

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