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Quel État moderne mit pour la première fois l'esclavage hors-la-loi ?

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Lincoln

Émotion et justesse de ton


Malgré nos préventions et les réserves de quelques historiens, nous avons été bouleversés par le film que Steven Spielberg a consacré au président Abraham Lincoln...

Lincoln, Steven Spielberg (2012) Émouvant, palpitant, avec du suspense en dépit d'une fin connue d'avance, ce film de plus de deux heures se regarde sans aucun ennui. Dans la salle où j'ai pu le voir, les applaudissements ont crépité à la fin de la séance, chose rare que je ne me souviens d'avoir connue qu'avec le film Titanic (2001).

Mais attention, Lincoln ne s'adresse qu'aux adultes et aux lycéens. Enfants et collégiens s'abstenir. Le film requiert en effet de connaître un minimum le contexte historique (la guerre de Sécession) et de comprendre les arcanes de la politique américaine. 

Nous n'insisterons pas sur la performance éblouissante de l'acteur Daniel Day-Lewis qui interprète le rôle-titre avec une justesse stupéfiante (au demeurant, il a le même âge que son personnage dans la période concernée, 55 ans).

Ainsi qu'on peut s'en apercevoir à travers les photos qui illustrent nos articles sur Lincoln, les autres personnages sont également conformes à l'image qu'en a retenue l'Histoire, qu'il s'agisse de l'épouse Mary et du jeune fils du président, Tad, du fidèle Secrétaire d'État Seward ou encore du député Stevens, abolitionniste fervent.

L'éminent historien André Kaspi a émis dans l'hebdomadaire Télérama quelques réserves sur les à-peu-près historiques du film. Rien d'important sinon peut-être le préambule, un petit texte conforme à l'air du temps, qui réduit la guerre civile à un affrontement entre méchants esclavagistes (les Sudistes sécessionnistes) et gentils abolitionnistes (les Nordistes). 

Pour se convaincre du ridicule de cette opposition, il suffit de se rappeler que le général Lee, génial stratège au service de la Confédération sudiste, était lui-même un abolitionniste convaincu (*).

Le film est infiniment plus nuancé. Le réalisateur Steven Spielberg ne cache rien des ambiguïtés de Lincoln lui-même. Convaincu de l'ineptie de l'esclavage, il est prêt à tous les compromis sur son abolition pourvu que soit préservée l'unité de la nation. D'autre part, comme la plupart des hommes cultivés de sa génération, il a du mal à admettre que les Noirs puissent un jour vivre sur un pied d'égalité avec les Blancs. C'est ce qu'il confie à sa servante noire sur le perron de la Maison Blanche.  

Les clés du film

Aux lecteurs qui seront amenés à voir le film comme à ceux qui l'ont déjà vu, voici quelques clés destinées à leur faciliter l'entrée dans le film, lequel aborde une Histoire mal connue de ce côté-ci de l'Atlantique.

Lincoln s'ouvre sur une scène de bataille qui oppose les soldats de l'Union (les «tuniques bleues») aux rebelles de la Confédération sudiste (les «tuniques grises»). La guerre de Sécession a débuté en 1861 et elle est entrée dans sa quatrième année, ayant déjà fait plus de 600.000 morts alors que les États-Unis dans leur ensemble ne comptent encore que trente millions d'habitants. C'est plus de morts que le pays n'en perdra dans toutes les guerres du XXe siècle, y compris les deux guerres mondiales ! 

Le président, en visite d'inspection, dialogue avec de jeunes soldats noirs et blancs qui récitent le texte de son fameux discours prononcé l'année précédente au cimetière militaire de Gettysburg. Léger anachronisme : c'est seulement au XXe siècle que les jeunes Américains apprendront par coeur à l'école ce petit texte emblématique de la démocratie américaine, Gettysburg Address.

Le film entre ensuite dans le vif du sujet : nous sommes en janvier 1865 ; le Sud est sur le point de se rendre.  Se pose alors la question de l'abolition de l'esclavage. Faut-il inscrire celle-ci dans le marbre de la Constitution sous la forme d'un XIIIe amendement, au risque de pousser les sudistes au désespoir et de prolonger inutilement la guerre ? Ou faut-il attendre la paix et la réintégration du Sud, au risque que les États sudistes refusent l'amendement et pérennisent l'esclavage sur leur sol ?

L'amendement a déjà été voté par le Sénat le 8 avril 1864 mais il nécessite aussi les deux tiers des suffrages de la Chambre des Représentants pour être adopté par le Congrès. Les républicains du parti de Lincoln lui sont favorables, quoique beaucoup aient des réticences. Il lui manque une vingtaine de voix de l'opposition démocrate. Il ne restera plus alors qu'à le faire ratifier par les États.

D'aucuns pensent que la Proclamation d'émancipation promulguée par Lincoln le 22 septembre 1862 devrait suffire : conçu comme une arme de guerre, cette proclamation abolissait l'esclavage dans tous les États rebelles à compter du 1er janvier 1865. 

Avocat de métier, Lincoln se veut respectueux du droit. À sa manière subtile et paradoxale, il explique aux membres de son cabinet l'enjeu de l'amendement : si l'on considère comme illégale la rébellion du Sud, on doit a contrario considérer comme légales et légitimes les lois des États du Sud antérieures à la guerre, en particulier les lois sur l'esclavage. On ne peut donc se suffire de la Proclamation d'émancipation de 1862. Il faut inscrire l'abolition dans la Constitution, pour qu'elle s'impose à toutes les législations existantes. 

Le film expose ensuite la bataille parlementaire et humaine autour du vote de l'amendement. Il laisse supposer que des manoeuvriers au service du président vont acheter les voix manquantes par la subornation et la corruption. C'est une hypothèse plausible mais sans réel fondement historique. Il n'est pas certain aussi qu'il ait délibérément retardé les négociations de paix engagées avec le vice-président de la Confédération. 

Steven Spielberg évoque en parallèle les épreuves personnelles et familiales de Lincoln. Sa santé se dégrade très vite, ainsi que nous le montrons par ailleurs, et l'on peut penser que son assassin, le 14 avril 1865, n'a fait qu'anticiper sa mort de quelques mois...

André Larané

 

Publié ou mis à jour le : 2013-03-19 14:26:23

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