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D'où vient le surnom d'«Immortel» donné aux membres de l'Académie française ?

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Joffre (1852 - 1931)

La face cachée du «vainqueur de la Marne»


Le maréchal Joseph Joffre (Rivesaltes 1852 - Paris, 1931)Il n'est pas une ville de France qui n'ait donné son nom à une artère ou une place.

Polytechnicien et officier du génie, Joseph Joffre s'illustre dans la prise de Tombouctou le 12 février 1894. Fort de ce seul fait d'armes et bien que n'étant pas passé par l'École de guerre, il est nommé chef d'état-major général de l'armée française en 1911.

Le gouvernement préfère ce franc-maçon, laïc bon teint, au général Édouard de Castelnau, autrement plus prestigieux mais qui a le grand tort en cette période de conflit entre l'État et l'Église d'être catholique et aristocrate (Clemenceau le surnomme le « capucin botté »).

Beaucoup d'autres officiers d'état-major ont été comme lui retardés dans leur avancement en raison de leurs convictions religieuses au profit d'officiers moins talentueux mais mieux-pensants. Les conséquences s'en feront cruellement sentir dans les premiers mois de la Grande Guerre.

Joffre, quant à lui, poursuit sa carrière avec succès. Il est nommé en 1913 commandant en chef des armées du nord et de l'est. Il conçoit alors, avec le colonel Louis de Grandmaison, un plan stratégique en prévision d'une guerre avec l'Allemagne. Appelé plan XVII, ce plan prévoit une offensive des troupes actives en Lorraine et en Alsace avec juste ce qu'il faut pour couvrir la frontière avec la Belgique. 

Le général préconise chaque fois que possible des charges de fantassins à la baïonnette et tient pour secondaire l'artillerie, en dépit de ses phénoménaux progrès. 

Lorsque la guerre éclate pour de bon, les troupes françaises sont prises de court par l'offensive allemande brutale sur la Belgique conforme au plan Schlieffen. Enfoncées sur la frontière franco-belge, elles n'arrivent pas pour autant à repousser les Allemands sur la frontière de l'Est. Du 8 au 24 août, elles essuient partout des défaites, au prix de pertes colossales (370.000 tués, blessés ou disparus).

Du moins son flegme légendaire permet-il à Joffre d'organiser une retraite en bon ordre sur la Seine et l'Aube.

La Faute au midi, extrait (2014, Jean-Yves Le Naour & A. Dan, Bamboo Edition - Grand Angle)

La faute aux autres

Il se défausse par ailleurs de sa responsabilité sur ses subordonnés et les soldats eux-mêmes. Dans un télégramme du 23 août au ministre de la guerre, il assure celui-ci que les troupes sont dans la meilleure situation possible pour contenir et repousser l'ennemi : « La parole est maintenant aux exécutants qui ont à tirer parti de cette supériorité » (*).

Dès le lendemain, quand l'échec ne peut plus être mis en doute, il en accuse les mêmes exécutants : « Nos corps d'armée, malgré la supériorité numérique qui leur avait été assurée, n'ont pas montré en rase campagne les qualités offensives que nous avaient fait espérer les succès partiels du début » (*).

Pour bien signifier ce qu'il en est, le commandant en chef affecte d'autorité une centaine de généraux jugés défaillants dans la région militaire de Limoges et dans d'autres régions éloignées du théâtre des opérations. La presse invente pour l'occasion le néologisme « limoger » (synonyme de mettre au placard).

Beaucoup de généraux, promus en fonction de leurs convictions laïques davantage que de leurs compétences - comme le commandant en chef lui-même - méritent ce limogeage. Mais certains, comme le général Lanrezac, paient par là leur clairvoyance et leur opposition à Joffre.

Le commandant en chef ne s'en tient pas là. Il incrimine l'indolence et le manque de patriotisme des conscrits du Midi, qui conservent une mauvaise réputation dans l'état-major depuis qu'un régiment a pris le parti des viticulteurs... en 1907. Reprochant aux soldats une désinvolture que les bilans sanglants contredisent absolument, il sévit impitoyablement contre les désertions supposées ou avérées. Plusieurs centaines de soldats sont ainsi fusillés dans les premiers mois de la guerre, soit bien plus que pendant les fameuses « mutineries de 1917 ».

Ces péripéties ont été gommées de la mémoire nationale qui n'a voulu retenir que le miracle de la Marne, tout à la gloire du commandant en chef.

Le miracle de la Marne

À la fin du mois d'août 1914, les Allemands, trop sûrs de leur victoire prochaine, commettent deux erreurs fatales : ils retirent deux divisions sur le front français pour les envoyer sur le front russe et, du coup, renoncent à marcher sur Paris et bifurquent vers la Champagne.

Les Français découvrent la manoeuvre par hasard. Informé, le général Joseph Gallieni, gouverneur militaire de la place de Paris, se rend compte que les Allemands, par leur mouvement tournant vers l'est, découvrent leur flanc et se rendent de la sorte vulnérables.

Il y voit l'occasion d'une contre-offensive de la dernière chance. Il convainc Joffre de lancer toutes les troupes disponibles autour de la capitale sur le flanc ennemi. Cette contre-offensive de la Marne sauve la France d'une défaite totale. Le mérite en retombe sur le chef d'état-major dont on loue le calme et le sang-froid.

Les honneurs et le repos

Si le gouvernement a pu être tenté de remplacer Joffre après le désastreux mois d'août 14, il en est retenu par le succès de la Marne.

Joseph Joffre est même nommé commandant en chef des armées françaises le 3 décembre 1914. Fort de son statut, il impose la censure sur toutes les informations concernant le cours de la guerre, y compris à destination des dirigeants politiques. Il refuse d'obtempérer aux demandes de ceux-ci si bien que le président de la République Raymond Poincaré ne le qualifie plus que de «dictateur », donnant raison à son vieux rival Georges Clemenceau qui avait lancé en 1886 cette formule célèbre : « La guerre est une affaire trop grave pour la confier à des militaires ».

Durant l'année 1915, Joffre s'obstine dans une litanie d'offensives aussi sanglantes que vaines. « Je les grignore [les Allemands] », dit-il pour se justifier. Quand les Allemands préparent leur offensive sur Verdun, en février 1916, il a encore la mauvaise idée de faire désarmer les forts qui entourent la citadelle. Après le désastre britannique de la Somme, en juillet 1916, le gouvernement se résout enfin à son départ. Il est nommé conseiller technique du gouvernement le 13 décembre 1916, ce qui équivaut à une mise au placard. Mécontent, il démissionne et se voit remplacer par Robert Nivelle, lequel ne fera guère mieux.

Pour donner le change à l'opinion publique, on redonne vie à la dignité honorifique de maréchal, qui n'avait plus été attribuée depuis la chute de Napoléon III. Joffre devient ainsi, le 25 décembre 1916, le premier maréchal de la IIIe République. Le 14  février 1918, il est élu à l'unanimité à l'Académie française, ce qui donnera naissance à l'expression : « élection de maréchal » pour désigner un succès absolu. Il sera appelé à défiler aussi à cheval à côté de Foch sur les Champs-Élysées pour le défilé de la victoire, le 14 juillet 1919.

Joseph Savès

Publié ou mis à jour le : 2014-05-13 17:56:59

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