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François Villon (1431 - 1463)

Poète et racaille


La courte vie de François Villon est dominée par le trouble, le flou et l'obscur. Sa date de naissance est aussi incertaine que celle de sa mort. On sait seulement qu'il a vécu sous le règne de Charles VII, à la fin de la guerre de Cent Ans. Sa biographie nous est seulement perceptible par les arrêts de justice qui le condamnent ou le gracient.

Le voyou et le prince

Orphelin, François de Montcorbier devient François Villon, nom du chanoine qui l'a élevé. Très doué, il fait des études à la Sorbonne mais se fait connaître davantage pour ses frasques que pour ses poèmes. Très jeune, en effet, il tue un prêtre dans une rixe, commet quelques délits et s'acoquine avec une redoutable bande de truands, les Coquillards.

Ponctuellement, il fréquente des cours princières, dont celle de René d'Anjou, et s'y impose par le talent de ses textes, écrits en français. Le prince poète Charles d'Orléans le prend même un temps sous sa protection mais son tempérament de marginal le rattrape constamment : il est même condamné à mort. Il échappe à grand-peine au sinistre gibet de Montfaucon (à Paris, 53-57, rue de la Grange aux Belles, près de l'actuelle place du colonel Fabien).

Le poète écrit alors la célèbre Ballade des pendus :
« Frères humains, qui après nous vivez,
N'ayez les coeurs contre nous endurcis,
Car, si pitié de nous pauvres avez,
Dieu en aura plus tôt de vous mercis.
Vous nous voyez ci attachés, cinq, six :
Quant à la chair, que trop avons nourrie,
Elle est piéça dévorée et pourrie,
Et nous, les os, devenons cendre et poudre.
De notre mal personne ne s'en rie ;
Mais priez Dieu que tous nous veuille absoudre !... »

Faut-il s'en étonner ? On est à l'époque des danses macabres (ci-dessous celle de la Chaise-Dieu), un motif pictural par lequel l'Église appelle chacun à la repentance.

Villon voit sa peine in extremis commuée en bannissement et l'on perd sa trace, en 1463, date de cet acte juridique salvateur. A-t-il été égorgé au coin d'un bois ? Tout est possible en ce qui le concerne au regard de son mode de vie. Quoi qu'il en soit, il nous a légué une œuvre majeure.

Son plus grand texte, Le testament, porté aux nues par les romantiques au XIXe siècle, a permis de le redécouvrir. On y lit sa nostalgie et ses regrets :
« Bien sçay, se j'eusse estudié
Ou temps de ma jeunesse folle
Et a bonnes meurs dedié,
J'eusse maison et couche molle.
Mais quoy ! je fuyoië l'escolle
Comme fait le mauvaiz enffant
En escripvant cette parolle
A peu que le cueur ne me fent ! »

François Villon a depuis lors pris place dans la littérature française comme le premier grand poète français avec Charles d'Orléans.

Bibliographie

Les amateurs de sensations fortes apprécieront l'excellente biographie, aussi véridique que romanesque, que lui a consacrée le romancier Jean Teulé : Je, François Villon (Julliard, 2006).

André Larané

Publié ou mis à jour le : 2015-10-19 16:24:27

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