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Franc-maçonnerie

Petite histoire d'un Ordre méconnu


Symboles maçonniquesLa franc-maçonnerie, née en Angleterre dans les premières années du XVIIIe siècle, a mûri au carrefour de l’humanisme et de la spiritualité occidentale.

Elle se définit comme un «Ordre initiatique», fondé sur la bienfaisance et le rapprochement des hommes de bonne volonté, avec une notion de «sacré» qui va au-delà de la simple religiosité.

Frédéric Salin

Origine anglaise et références bibliques

En juin 1717, quatre loges maçonniques londoniennes qui n’avaient d’autre objectif que celui de pratiquer une entraide mutuelle entre leurs membres se fondent dans une «Grande Loge de Londres». C’est l’acte fondateur de la franc-maçonnerie moderne.

Née dans un milieu protestant, la franc-maçonnerie puise dans l’Ancien Testament son enseignement moral. Considérant qu’elle a pour vocation de construire un temple idéal, elle adopte pour modèle le Temple du roi Salomon.

Tablier sur sole, dit vase aux serpents (XVIIIe siècle), Musée de la franc-maçonnerie (Paris), DRL’architecture sacrée joue un rôle prépondérant dans la vie maçonnique : Dieu est appelé par les francs-maçons «Le Grand Architecte de l’Univers».

C’est au demeurant à partir de cette allégorie que certains courants maçonniques revendiquent une filiation avec les constructeurs médiévaux des grands édifices religieux. De cette filiation quelque peu mythique découlent les grades de l’Ordre maçonnique : apprenti, compagnon, maître, et les symboles : tablier de peau, truelle, équerre, compas.

Très rapidement, la franc-maçonnerie accueille en son sein des représentants de la haute société anglaise (exclusivement des hommes) et essaime sur le Continent, à commencer par la France.

Une vocation libérale

Une première loge maçonnique voit le jour à Paris en 1725. Elle est suivie de nombreuses autres loges dans toutes les grandes villes de France,où se pressent les élites cultivées  du «Siècle des Lumières».

Les aristocrates, les bourgeois de qualité, certains membres du haut clergé et tous ceux qui se piquent de «philosophie» envahissent ces loges qui deviennent un lieu privilégié d’échanges intellectuels. Même engouement dans le reste de l'Europe. À Prague, le divin Mozart offre à la franc-maçonnerie un chef-d'oeuvre, La Flûte enchantée...

Le marquis de Lafayette en 1792, par Joseph Court (musée de Versailles) Mais on ne saurait faire l’impasse sur une personnalité maçonnique hors du commun :  le marquis de La Fayette. En 1777, à vingt ans, il s’embarque pour l’Amérique où, sur la recommandation de son ami et «frère» Benjamin Franklin, il est nommé «major» par George Washington (également franc-maçon) et prend le commandement des insurgents désireux d’échapper à la tutelle britannique et de prendre leur indépendance.

Il ne serait pas excessif d’affirmer, sans réduire le mérite des politiques, que l’indépendance américaine et la Constitution des premiers États-Unis de Philadelphie furent en grande partie une création maçonnique.

Chef de la garde nationale en 1789, député et bardé de tous les honneurs, La Fayette joua un rôle de premier plan dans les périodes révolutionnaire et postrévolutionnaire, professant des idées libérales et sans jamais renier son appartenance à la franc-maçonnerie jusqu’à sa mort en 1834 au soir d’une existence d’une exceptionnelle richesse.

L’Église et la franc-maçonnerie

La hiérarchie catholique tente très tôt de discréditer la franc-maçonnerie. En 1738, le pape Clément XII publie une bulle In Enimenti par laquelle il excommunie les francs-maçons sous des motifs au demeurant plus politiques que religieux.

Treize ans plus tard, le pape Benoît XIV prend la relève et les bulles et encycliques se succédèrent à rythme soutenu jusqu’en 1884. On reproche aux maçons leur tolérance envers toutes les religions, le secret entourant leurs rituels et l’accusation de comploter contre le pouvoir. Cette dernière accusation est dénuée de sens si l’on sait que la loyauté envers le pouvoir est inscrite dans les «Constitutions» de l’Ordre. Ces bulles n’eurent toutefois qu’un effet très limité et la franc-maçonnerie ne fut sérieusement inquiétée qu’après la Première Guerre mondiale.

Vers la démocratie

La Révolution divise les maçons français, partagés entre monarchistes et libéraux. Napoléon réconcilie tout le monde. Au demeurant, les maçons se montrent successivement bonapartistes et napoléoniens et l’on voit même des loges prendre pour nom distinctif : Saint-Napoléon (!). Ce qui n’empêche pas l'empereur de les faire étroitement surveiller par sa police. Et, pour encore mieux les tenir en laisse, il nomme en 1804 son frère Joseph Grand Maître du Grand Orient de France.

René Viviani (Sidi-bel-Abbès, 8 décembre 1863 - Le Plessis-Robinson, 7 septembre 1925)Sous la Restauration et le Second Empire, les loges changent peu à peu de visage. La Constitution du Grand Orient de France proclame que «la franc-maçonnerie est une institution essentiellement philosophique, philanthropique et progressive qui a pour base l’existence de Dieu et l’immortalité de l’âme».

Les citoyens des classes nobiliaire et bourgeoise, qui, jusque-là, avaient occupé une place prépondérante dans les loges, se serrent pour accueillir – fait nouveau – des petits fonctionnaires, des artisans et des commerçants.

Cependant, jusqu’à la Seconde Guerre mondiale, elle apparaît comme une société de notables et demeure imperméable à la classe ouvrière et au prolétariat… Il en est encore de même de nos jours, à quelques exceptions près.

À la fin du XIXe siècle, l’Ordre s’interdit de faire référence au «Grand Architecte de l’Univers» et accueille d’éminents représentants de la libre pensée laïque, tels Émile Littré ou les présidents du Conseil Jules Ferry et René Viviani. Il joue un rôle non négligeable dans des initiatives d’abord controversées puis entrées dans la normalité : l’institution d’une école laïque, gratuite et obligatoire, la séparation des Églises et de l’État etc.

La franc-maçonnerie et l’Anti-France

Quand éclate l’affaire Dreyfus, le Grand Orient de France (alors la plus importante des obédiences maçonniques françaises en effectifs comme en influence) prend position en faveur du capitaine et demande une révision du procès. C’est à l’occasion de cette affaire qu’est créée la «Ligue des Droits de l’Homme», laquelle compte de nombreux maçons.

Par ailleurs, l’affaire des fiches éclate en 1901 quand le général André, ministre de la Guerre, prend l’initiative de mettre en fiches les officiers en raison de leurs convictions catholiques. Il se trouve que ce ministre-général est franc-maçon…

Dans la première moitié du XXe siècle, ces deux affaires indisposent les adversaires de l’Ordre qui prennent pour cibles quatre ennemis accusés de tous les malheurs réels ou supposés du pays : la République, les juifs, les communistes et les francs-maçons.

Pendant l’Occupation (1940-1944), l’Ordre est interdit, tout comme dans l’Allemagne hitlérienne, avant tout en raison de son internationalisme. Nombreux sont les maçons qui s’impliquent dans la Résistance. Fin 1943, à Alger, le général de Gaulle abroge les lois antimaçonniques de Vichy et affirme «que la franc-maçonnerie n’avait jamais cessé d’exister».

Blessée, humiliée, pillée, la franc-maçonnerie française renaissant de ses cendres au lendemain de la Libération, se reconstitue non sans mal et sans retrouver l’influence qu’elle avait sous la IIIe République.

Loges et obédiences

Une loge est une assemblée de francs-maçons ; une obédience est une fédération de loges. Il en existe, dans chaque pays, un certain nombre qui se distinguent par leur philosophie.

En France, on en compte un peu plus d’une dizaine pour 4500 loges et 150.000 maçons. Les obédiences les plus importantes sont le Grand Orient de France (50.000 membres), la Grande Loge de France (33.000 membres) et la Loge nationale française (26.000 membres). Environ 150 députés et sénateurs sont membres de la Fraternelle parlementaire.

La franc-maçonnerie aujourd’hui

L’influence des philosophes et des intellectuels sur les premiers pas de la franc-maçonnerie française a profondément gravé son empreinte sur le mode de fonctionnement des loges françaises.

Dans ces loges, à quelques exceptions près, on respecte le caractère sacré des cérémonies d’ouverture et de fermeture des travaux comme celui des réceptions aux différents grades qui balisent le cursus maçonnique. Mais on donne la primauté aux planches, c'est-à-dire à des conférences présentées par un membre de la loge ou par un visiteur compétent et aux échanges de vue qui les suivent. On s’y instruit mutuellement sans qu’il s’agisse de distribuer des cours magistraux. On rencontre ce même mode d’emploi dans les pays sous influence latine.

En revanche, les loges sous influence anglo-saxonne partagent généralement leurs réunions entre l’exercice rigoureux des rituels et les agapes qui sont dites frugales et fraternelles mais sont souvent de véritables banquets joyeusement arrosés. Dans ce contexte, la recherche spéculative est réservée à des loges d’études qui rassemblent les maçons érudits. Aux États-Unis, où les pouvoirs publics se préoccupent assez peu du sort des plus défavorisés, la franc-maçonnerie privilégie la philanthropie et les oeuvres caritatives. Notons que sur les huit visages qui illustrent les billets de banque américains, quatre représentent des franc-maçons : Franklin, Washington, Jackson et Grant.

Les femmes et la franc-maçonnerie

Phénomène à peu près nouveau, après la Libération, les femmes se présentent en grand nombre aux portes de l’Ordre, portes qui leur avaient été à peine entrouvertes par le passé.

Dès le XVIIIe siècle et en France, des loges dites «d’Adoption» avaient vu le jour, sous le contrôle étroit de loges masculines, mais leurs adhérentes demeuraient en position de vassalité. En vérité, il s’agissait davantage de salons littéraires dont l’époque était friande, voire d’ouvroirs.

Réception d'une femme dans une loge d'adoption française sous le Premier Empire (gouache, vers 1810, musée de la franc-maçonnerie, Paris)

Dès les années cinquante, des loges d’Adoption entreprennent de se libérer de la tutelle masculine et y réussissent jusqu’à fonder leurs propres obédiences, professant un féminisme éclairé. Plus tôt, en 1893, à l’initiative de Georges Martin et de Maria Deraismes, une obédience maçonnique mixte et internationale avait déjà vu le jour sous le titre distinctif de «Droit Humain».

Faut-il préciser que ce phénomène reste bien français et que les maçons anglais comme ceux qui, par le monde, leur sont soumis, n’imaginent pas voir une femme porter les ornements maçonniques et siéger en loge ? Pour la petite histoire, des maçonneries féminines existent bel et bien en Grande-Bretagne mais elles sont presque clandestines et considérées comme marginales.

Publié ou mis à jour le : 2013-01-07 19:44:19