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Musée du Louvre

Du Cabinet royal au Musée national


Le musée du Louvre a été inauguré il y a deux siècles par le baron Vivant-Denon dans le palais du même nom, au cœur de Paris.

Il mérite assurément la réputation de plus grand musée du monde.

Ses trésors se rapportent à la peinture occidentale (jusqu'au milieu du XIXe siècle), aux arts décoratifs du Moyen Âge et de l'islam ainsi qu'aux œuvres de l'Antiquité méditerranéenne. C'est en somme trois grands musées en un.

Richard Fremder raconte... le Louvre

Richard Fremder raconte la naissance du plus grand musée du monde...

De l'origine des premiers musées à la création du Grand Louvre en passant par l'évocation de l'état lamentable du Louvre au XVIIIe siècle et les efforts assidus des «philosophes» pour lui redonner vie.

Écouter (30 minutes) :

Des rois amateurs d'art

Les collections du musée ont été patiemment rassemblées pendant plus d'un demi-millénaire par les souverains ainsi que les représentants de la République. Leur constitution s'est faite sans plan préétabli, avec des heurts et des reculs, en particulier sous le Premier Empire. Elles ont été parallèles à la construction de la Nation française et en restent le symbole.

Cela a commencé à la fin du XIVe siècle, pendant la guerre de Cent Ans, avec Charles V le Sage. Mécène éclairé comme ses frères et en particulier le duc Jean de Berry, le roi a eu à coeur de s'entourer de beaux objets, non pas au Louvre, qui n'était encore qu'une forteresse, mais au donjon de Vincennes, sa résidence préférée.

Un siècle plus tard, sous la première Renaissance, François 1er manifeste à son tour une grande passion pour les arts, avec une prédilection pour les artistes italiens, en particulier son vieil ami Léonard de Vinci. Il réunit à Fontainebleau, près de Paris, une importante collection de peintures par goût personnel mais aussi pour la plus grande gloire de son trône et de sa dynastie : les courtisans et ambassadeurs se pressent pour admirer le «Cabinet des tableaux» du roi (*).

Cette passion de collectionneur ressurgit chez Louis XIV, un siècle et demi plus tard. Mû par son goût et le souci d'augmenter le prestige de l'État, le Roi-Soleil achète à tour de bras des collections et des oeuvres, avec les conseils éclairés de son ministre Colbert. Lui-même commence à les entreposer dans le palais du Louvre où il ne réside plus, ayant délaissé le vieux palais au profit des Tuileries puis de Versailles, en 1682.

À la fin de son règne, son «Cabinet des tableaux» recense déjà près de 1500 tableaux de maîtres, essentiellement français, italiens et des écoles du Nord.

La République dans les pas de la monarchie

Son successeur Louis XV se désintéresse des collections. Mais, l'«esprit des Lumières» aidant, celles-ci suscitent l'intérêt des philosophes. Dans l'Encyclopédie, en 1765, Diderot évoque pour la première fois l'idée de mettre les collections du Louvre à la disposition du grand public. Il s'agit de s'inscrire dans la démarche des papes de la Renaissance et des Anglais qui ont ouvert au public le British Museum en 1759.

En 1768, le marquis de Marigny, directeur général des Bâtiments du roi (et frère de la marquise de Pompadour), commence à s'intéresser de près aux bâtiments du Louvre, désertés par Louis XIV et sa Cour, dans lesquels se sont installés artistes et artisans mais aussi l'Imprimerie royale et diverses académies, au milieu des animaux empaillés, plâtres d'étude et scuptures.

Le marquis fait dégager les abords du palais et en particulier la très belle colonnade de Perrault, sur la façade orientale. Le lieu acquiert un rôle de centre culturel majeur avec l'organisation des premières expositions de peinture dans le Salon carré du Louvre (d'où le nom de «salon» habituellement donné aujourd'hui aux expositions de toutes sortes !).

Sous le règne de Louis XVI, le comte d'Angivillier, nouveau directeur des Bâtiments, procède à des achats méthodiques d'oeuvres d'art en vue de compléter les collections et formule en... 1789 le projet d'un musée dans la Grande Galerie. Mais, pris de court par la Révolution, il n'a pas le temps de mener son projet à son terme. C'est finalement la République qui s'en chargera.

C'est ainsi qu'en 1791, par décret de l'Assemblée constituante, le palais du Louvre est dévolu à la «réunion de tous les monuments des sciences et des arts». La consécration arrive le 10 août 1793 : pour fêter le premier anniversaire de la chute de la royauté, la Convention décide la création dans la Grande Galerie du Louvre, le long de la Seine, d'un «Museum de la République» où seront mis à disposition du peuple collections royales et oeuvres d'art confisquées aux émigrés et aux églises.

L'ouverture effective du musée est différée au 18 novembre 1793. Ce jour-là, enfin, le palais du Louvre fait sa révolution en ouvrant ses portes et ses collections au public. Ainsi se réalise le rêve des révolutionnaires et des élites des Lumières.

Aux collections héritées des anciens rois ou enlevées aux nobles viennent bientôt s'ajouter les oeuvres cédées par les pays conquis. Ces cessions se multiplient avec les conquêtes du Directoire, en particulier en Italie, sous la conduite d'un certain général Bonaparte. Elles se font sur la base de traités juridiquement rigoureux.

Lors du défilé victorieux des 9 et 10 thermidor An VI (23 et 24 août 1797), on peut lire sur un étendard brandi devant les sculptures gréco-romaines enlevées à l'Italie :
«La Grèce les céda, Rome les a perdus
Leur sort changea deux fois, il ne changera plus»
!

Le Louvre reste cependant avant tout un lieu de formation pour les artistes jusqu'à ce qu'en 1803, le Premier Consul Napoléon Bonaparte nomme le baron Vivant Denon «directeur général du musée central des Arts». Touche-à-tout talentueux, Denon s'attelle à sa fonction avec l'ambition de faire du Louvre, rebaptisé musée Napoléon, «le plus beau musée de l'univers» ! Il profite des campagnes napoléoniennes pour constituer une collection unique et exemplaire des chefs-d'oeuvre universels.

La folle équipée des Cent-Jours marque la fin de l'aventure : les Alliés, qui n'ont guère apprécié le retour de Napoléon de l'île d'Elbe, se vengent en reprenant au musée nombre d'œuvres d'art cédées précédemment à la France par traités. Au total pas moins de 5.000 oeuvres ! Les marbres de la collection Borghèse comme les chevaux de la place Saint-Marc sont restitués aux vainqueurs. Les Noces de Cana de Véronèse, intransportables, sont échangées contre une toile de Le Brun !

Le plus grand musée du monde

Après la chute de Napoléon, par des procédures plus pacifiques et généralement plus honnêtes que celles de Vivant Denon, le Louvre ne va plus cesser de s'enrichir jusqu'à nos jours...

L'entrée au Louvre de la Vénus de Milo, en 1821, et le déchiffrage des hiéroglyphes, l'année suivante, par Jean-François Champollion, donnent une nouvelle impulsion aux acquisitions d'antiques (la première «salle des antiques» remonte à Henri IV). En 1826, le roi Charles X confie à Champollion lui-même l'organisation d'une section sur l'Égypte ancienne. C'est ainsi que le jeune savant achète d'un coup les 4000 pièces de la fabuleuse collection du consul anglais du Caire, Salt.

Mais le musée s'ouvre également à l'art de son temps. Dès la Restauration, sous les règnes de Louis XVIII et Charles X, il accueille des oeuvres d'artistes vivants comme Le radeau de la Méduse, qui avait pourtant fait scandale en son temps (1819).

Acquisitions et donations vont se poursuivre tout au long du XIXe siècle à un rythme soutenu. Après la Grande Guerre, faute de moyens, elles vont nettement se ralentir malgré une fiscalité généreuse à l'endroit des donateurs et des riches héritiers (ceux-ci peuvent effectuer des dations, c'est-à-dire payer les droits de succession sous forme d'oeuvres d'art).

Cure de jouvence

Guetté par l'apoplexie, le Louvre, devenu le plus grand musée du monde, a bénéficié d'une salutaire cure de jouvence grâce à l'énergie réformatrice de trois présidents conscients des enjeux culturels et patrimoniaux. Valéry Giscard d'Estaing a fait aménager l'ancienne gare d'Orsay, sur la rive opposée de la Seine, en musée du XIXe siècle. Le Louvre a donc cédé ses collections de la deuxième moitié du XIXe siècle (1848-1914) au nouveau musée, inauguré en 1986. François Mitterrand a pu ensuite lancer la rénovation du vieux palais avec deux points forts : l'aménagement en souterrain des services d'accueil du public autour de la fameuse pyramide de verre de l'architecte Pei ; le déménagement du ministère des Finances à l'est de la capitale et la récupération par le musée des très vastes salles de l'aile Napoléon III qu'il occupait.

Ces initiatives n'auraient sans doute pas eu lieu sans le président Georges Pompidou qui, le premier, a renoué avec la tradition de mécène des anciens souverains. Il a eu l'idée de créer au coeur de Paris le centre qui porte son nom. Les collections du musée d'Art moderne de la colline de Chaillot ont pu ainsi être installées dans les étages supérieurs du Centre Pompidou à son inauguration en 1977.

Bibliographie et sources

Nous avons consulté sur ce vaste sujet : Le Louvre et les Tuileries : Huit siècles d'histoire (Michel Carmona, Editions de La Martinière, 2004) ainsi que : Le Grand Louvre du Donjon à la Pyramide (Catherine Chaine, Hatier, 1989).

Nous nous sommes aussi reportés au site Gallica pour le texte de Diderot dans L'Encyclopédie (1751-1765, p.707) à l'article Louvre. Sur le même site, nous avons pu consulter Observations sur le Museum national, par Jean-Baptiste-Pierre Lebrun (1748-1813) et : L'ombre du grand Colbert, le Louvre et la ville de Paris ; dialogue, par Lafont de Saint Yenne (1752).

Publié ou mis à jour le : 2013-12-13 16:48:27