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Comment la monnaie unique tue l'Europe

Diagnostic et perspectives


L'Europe est-elle entrée dans la spirale du déclin ? En l'An 2000, avec le retour de la croissance et l'arrivée de l'euro, les Européens voyaient l'avenir avec confiance et rêvaient de lendemains radieux. Mais leur rêve est devenu cauchemar, avec le risque qu'une partie du continent bascule dans le sous-développement.

Comment a-t-il été possible de commettre autant de dégâts en une courte décennie ? La moindre des choses serait de s'interroger sur le lien possible entre la monnaie unique et la crise qui affecte spécifiquement la zone euro depuis 2007, ne serait-ce que pour disculper la première de toute responsabilité dans la seconde.

Seules l'extrême gauche et l'extrême droite rendent la monnaie unique responsable de la Crise européenne, mais en des termes simplistes qui ont pour effet de les décrédibiliser : «Yaka sortir de l'euro, fermer les frontières, et tout redeviendra comme avant». Toute personne qui met en cause la monnaie unique est de ce fait rejetée vers les extrêmes : «Vous parlez comme Mélenchon ou Le Pen». La reductio ad hitlerum est aussi mise à contribution pour étouffer le débat : «Vous critiquez la monnaie unique, vous vous opposez donc à la construction européenne, vous faites le lit des populistes, des néonazis grecs et des nationalistes hongrois !»

Quant aux promoteurs de la monnaie unique, ils se contentent d'attribuer la Crise européenne au laxisme budgétaire de certains États : «Haro sur la dette, la gabegie, les charges salariales, les fonctionnaires et le salaire minimum». Les politiques de rigueur budgétaire ne reposent sur rien d'autre que cet argument répété en boucle. Il a l'apparence du bon sens : nul ne conteste en effet qu'il y ait «trop» de fonctionnaires dans les bureaux, «trop» d'emplois protégés, «trop» d'impôts etc. Mais c'était déjà le cas il y a quinze ou vingt ans, quand les entreprises françaises affrontaient avec un certain succès la concurrence européenne et mondiale. Pourquoi ces maux dont on s'accommodait il y a vingt ou trente ans seraient-ils devenus le Mal absolu ? 

C'est que le bon sens est trompeur...

Au Moyen Âge, chacun convenait que le Soleil tournait autour de la Terre : «Il suffit de lever les yeux pour en avoir la preuve ; il se lève à l'Est, passe au-dessus de nos têtes et se couche à l'Ouest». Aujourd'hui, de la même façon, on s'accorde sur un lien de cause à effet  entre les déficits publics et la Crise européenne même si nul n'a pu le démontrer : l'État dépense plus qu'il ne gagne / le pays est en crise. De ces deux observations objectives, on conclut sans plus réfléchir : le pays est en crise parce que l'État dépense plus qu'il ne gagne.

Du coup, en France comme en Italie ou en Espagne, les gouvernements, s'échinent à réduire les déficits publics, relancer l'investissement ou combattre la pauvreté et le chômage de masse. Et qu'observe-t-on? Que l'endettement public, les lourdeurs étatiques, le chômage et la récession ne font que s'aggraver dans ces pays. C'est que le syllogisme ci-dessus ne fonctionne pas. Il ne fonctionne pas parce qu'une «machine infernale» fait diverger les économies européennes, quoi que fassent les gouvernements en matière d'assainissement des finances publiques.

Nous allons identifier cette «machine infernale» sans craindre de poser la question qui fâche sur la monnaie unique. 

Pour cela, nous ferons ci-après l'état des lieux (1) et verrons comment le déni de la réalité a entraîné les Européens dans la chasse aux déficits publics avec les conséquences désastreuses que l'on observe.  

Plus important que tout, nous montrerons que les déficits publics sont la conséquence et non pas la cause du mal qui nous frappe. Ils disparaîtront d'eux-mêmes dès lors qu'aura été supprimé le mal en question. La vérité, à l'encontre du «bon sens» ci-dessus, c'est que l'État dépense plus qu'il ne gagne parce que le pays est en crise ! C'est, admettons-le, aussi difficile à concevoir que le fait que la Terre tourne autour du Soleil (2).

Disons en bref : 1) les entreprises marchandes de l'Europe du Sud ont perdu avec la monnaie unique l'outil de régulation monétaire qui leur permettait de résister aux offensives des entreprises allemandes ; 2) Il s'ensuit la ruine de ces entreprises et un déficit commercial abyssal pour les pays concernés ; 3) les gouvernements de ces pays sont mécaniquement contraints de s'endetter à l'extérieur pour compenser ce déficit et éviter autant que faire se peut une explosion sociale. Ainsi peut-on déjà deviner que la dette est la conséquence - et non la cause - de nos difficultés...

Est-il possible d'espérer une sortie par le haut de cette Crise qui n'en finit pas ? Nous voulons le croire en suggérant en conclusion de ce dossier la conversion de la monnaie «unique» en monnaie «commune» (3).

Guérilla urbaine à Athènes devant le Parlement, 13 février 2012 (DR)

(1) État des lieux : les origines de la Crise européenne

La crise des années 2000 est la conséquence d'une succession de choix politiques qui remontent aux années 1970 et à l'enterrement des «Trente Glorieuses», dans les années 1970.

Avec le relâchement des années 1990, les dirigeants européens, en premier lieu les Allemands, se prennent à rêver d'un Vieux Continent débarrassé de l'inflation et de l'instabilité.

Tandis que l'Allemagne se dépense sans compter pour remettre à niveau l'ex-Allemagne de l'Est, les autres pays de l'Union s'imposent une stricte rigueur budgétaire en vue de mettre en place la monnaie unique à l'échéance de 1999.

1/ Lorsque l'euro paraît...

Le projet de monnaie européenne ne manque pas d'allure. Lancé par le traité de Maastricht (1992), il est aussitôt critiqué par d'éminents économistes, au premier rang desquels les Prix Nobel Joseph Stiglitz, Maurice Allais, Paul Krugman et même Milton Friedmann, l'un des inspirateurs du néolibéralisme contemporain. Mais à la naissance de l'euro (1999-2002), les critiques s'estompent et chacun se prend à sourire en se penchant sur le berceau.

L'euro a été conçu par François Mitterrand et Helmut Kohl en vue de resserrer les liens au sein de l'Union européenne, à un moment où la réunification de l'Allemagne pouvait inciter celle-ci à s'en éloigner. Pour convaincre les Allemands de sacrifier leur mark, symbole de leur prospérité d'après-guerre, on leur a promis une monnaie tout aussi stable, protégée de l'inflation envers et contre tout par une Banque Centrale Européenne (BCE) indépendante, installée à Francfort. On a donc institué une monnaie unique calquée sur le mark allemand, propre à séduire les emprunteurs et conserver un cours élevé par rapport aux autres devises.

C'est la première fois dans l'Histoire humaine qu'une monnaie n'est pas soutenue par une autorité politique mais seulement par une banque supranationale.

2/ ... le cercle des Européens applaudit

Au tournant de l'An 2000, les principaux pays européens, dont la France, présentent une situation relativement saine : chômage en recul, balance commerciale peu ou prou équilibrée, endettement modéré... L'industrie et le commerce sont portés par la croissance mondiale et l'ouverture des marchés chinois et asiatiques. La France produit autant de voitures que l'Allemagne et exporte sur tous les marchés mondiaux les produits industriels qui font sa réputation. Le petit Portugal prospère dans les industries du cuir ou encore le moulage plastique etc.

Relisons les journaux de l'époque : ils sont éloquents. Personne, en France, en Irlande ou dans les pays méditerranéens, ne formule de critique majeure sur l'état des finances publiques, l'industrie ou le commerce extérieur.

Dans le même temps se met en place l'euro. Selon ses promoteurs, autrement dit la quasi-totalité de la classe politique (gouvernants, élus, journalistes), il doit entraîner une convergence des économies de la zone euro et, grâce à la transparence des coûts et à la libre circulation des marchandises et des capitaux, les pays les plus pauvres (Grèce, Espagne, Portugal....) devraient voir leur niveau de vie se rapprocher à grandes enjambées des pays les plus riches.  

Hélas, c'est tout le contraire qui va se produire...

3/ La faiblesse des uns renforce les autres

À l'arrivée de l'euro, les États méditerranéens sont séduits par la possibilité d'emprunter à des taux très bas sur les marchés étrangers. Ces facilités les dissuadént de faire les efforts requis pour maintenir l'équilibre de leur balance commerciale.

À l'instigation de grandes entreprises étrangères, la Grèce et l'Espagne se lancent à corps perdu dans des investissements de prestige : Jeux Olympiques d'Athènes, Exposition de Lisbonne, modernisation des armées. L'Espagne et l'Irlande investissent à tout va dans des placements immobiliers. Quant à la France, elle délaisse son industrie et sa classe ouvrière pour mieux aider la plèbe à coup d'allocations et d'emplois factices.

En face, les Allemands, tirant parti de leur puissance industrielle et de la cohésion de leurs entreprises, retroussent leurs manches, font vœu d'austérité, réduisent leurs dépenses (main-d’œuvre étrangère corvéable à merci) et découragent les importations (hausse de la TVA).

Les réformes qu’ils engagent dans le cadre du plan Schröder-Hartz (2003-2005), notons-le, aucun Français ne les aurait acceptées, y compris parmi les laudateurs du «modèle allemand». Trop brutales et discriminatoires (régime de faveur pour l’élite industrielle ; pain noir pour les pauvres et les travailleurs étrangers, Polonais et autres Roumains).

S'étant donc mis en ordre de bataille, les Allemands profitent du relâchement de leurs voisins du Sud et d'outre-Rhin pour leur vendre les biens d'équipement, les produits alimentaires et les voitures de luxe auxquels ils aspirent.

4/ Les écarts se creusent entre les économies européennes

Ainsi l'euro s'est-il révélé être un «pousse-au-crime» pour les gouvernements trop sensibles aux pressions capitalistes, corporatistes et démocratiques. Les crédits foisonnants ont entretenu une illusion de prospérité qu'est venue briser en 2008 la «crise des subprimes», venue d'Outre-Atlantique.

La crise bancaire a été assez bien surmontée des deux côtés de l'Atlantique. Mais tandis que les États-Unis ont retrouvé peu à peu le chemin de la croissance, rien de tel en Europe ! Les aides publiques destinées à sauver les banques ont en effet mis à nu les États. Ceux qui avaient construit sur du sable, en empruntant des euros pour des investissements sans profit immédiat (infrastructures ou immobilier), se retrouvent à terre. C'est notamment le cas de la Grèce, du Portugal, de l'Espagne et de l'Irlande cités plus haut.

En France, les administrations et le secteur social, obèses et endettés, écrasent de leur poids le secteur productif. Des entreprises naguère méritantes, comme par exemple les entreprises françaises de l'agro-alimentaire, tombent les unes après les autres, incapables de résister à des concurrentes allemandes qui se permettent de faire travailler des salariés roumains ou polonais à un ou deux euros de l'heure.

En 2012, la balance commerciale de l'Allemagne présente un excédent de 188 milliards d'euros, soit davantage que la Chine, le Japon ou les pays pétroliers. La France, à l'opposé, se signale par un déficit de 67 milliards d'euros. Les budgets publics témoignent de tendances parallèles : le buget de l'État allemand est peu ou prou à l'équilibre cependant que se creuse le budget de la République française.

Depuis la «crise des subprimes», on s'aperçoit donc, contre toute attente, que les économies de la zone euro divergent au lieu de se rapprocher : les pays industriels traditionnellement exportateurs accumulent les excédents et les autres les déficits commerciaux et les dettes. Ces deux phénomènes (déficits commerciaux et endettement) sont étroitement liés mais, on va le voir, pas de la façon avancée par les gouvernants actuels !

(2) La rigueur est sans issue, l'ajustement monétaire est la solution

Après l'observation des faits, venons-en à l'explication, au demeurant très compréhensible. 

Le mal qui frappe la zone euro prend sa source dans le déficit commercial des États les plus fragiles, avec des importations chaque année plus importantes que les exportations (on considère ici l'ensemble des échanges de biens et services : marchandises, services financiers et marchands, tourisme).

Le déficit commercial induit une déperdition de monnaie dans les pays concernés. C'est la différence de valeur entre les importations et les exportations. Elle est compensée par des prêts ou des placements venus de l'étranger. Cette compensation découle du principe de conservation de la «balance des paiements» car, par définition, la «balance des paiements» de tout pays est nécessairement et constamment à l'équilibre, avec autant d'argent qui entre et qui sort (flux entrants = flux sortants).

Dès lors que le solde commercial entraîne une déperdition de monnaie, celle-ci doit être obligatoirement compensée soit par un emprunt à l'étranger, soit par une réduction drastique de la consommation intérieure, soit enfin par un ajustement monétaire. Les États de la zone euro étant empêchés de recourir à la troisième solution n'ont d'autre issue que l'endettement et/ou la «rigueur».

Répétons-le : ce n'est pas parce que les budgets de la Grèce ou de la France sont en déficit que ces pays se portent mal mais c'est, au contraire, parce qu'ils se portent mal - autrement dit accumulent les déficits commerciaux (exportations < importations) - que leurs finances publiques sont en déficit.

1/ Emprunter à l'étranger

L'endettement extérieur peut prendre diverses formes : emprunts d'État, emprunts privés, investissements. Il s'agit dans tous les cas de compenser une dépense immédiate (le déficit commercial) par une prise de gages sur l'avenir.

- Les banques et les entreprises peuvent emprunter à l'étranger. C'est ce que l'on a vu en Irlande et en Espagne où le secteur privé a  profité des taux d'intérêt bas autorisés par la BCE pour investir massivement dans l'immobilier.

L'argent qu'avaient engrangé les créanciers étrangers avec leurs ventes de biens et services a pris de la sorte le chemin du retour, de façon à rétablir l'équilibre de la balance des paiements. Mais après la «crise des subprimes»,  quand la bulle spéculative a éclaté en Espagne et en Irlande, le secteur privé, au bord du gouffre, a appelé l'État à l'aide et l'endettement a été reporté sur celui-ci... 

- Le pays peut vendre ses «bijoux de familles» (entreprises, hôtels particuliers etc) de façon à compenser une partie du déficit commercial. C'est ce que l'on observe à la marge en France avec les investissements chinois, quataris et autres. 

- Plus sérieusement, l'État peut compenser la déperdition de monnaie occasionnée par le déficit commercial en s'endettant auprès de l'étranger.

Le montant des emprunts est alors recyclé dans le circuit économique pour secourir les chômeurs victimes de la concurrence étrangère (aides sociales ou création d'emplois aidés) ou, mieux encore, aider les entreprises à y faire face (aide à l'embauche, l'investissement et la recherche...).

Cette première attitude est celle des États démocratiques, soucieux de préserver avant tout la cohésion nationale. Mais elle les laisse à la merci des créanciers étrangers qui peuvent spéculer contre eux et leur imposer des taux d'intérêt exorbitants.

Elle a surtout l'inconvénient de ne régler en rien le déficit. Même si l'État convertit une partie de ses dépenses «improductives» (police, santé, armée, éducation) en dépenses «productives» (aide à la recherche ou à l'exportation), il n'est pas sûr que cela suffise à ses entreprises à surmonter le handicap structurel qui les sépare de leurs concurrentes étrangères (voir par exemple les entreprises françaises de l'agro-alimentaire confrontées à leurs rivales allemandes).

La monnaie nationale, garantie contre la dette extérieure

La dette publique n’a rien de dramatique dès lors que la monnaie nationale préserve l’équilibre des échanges extérieurs. C’est ce qu’attestent les exemples étrangers.

Considérons d'abord le Japon. Sa dette publique est plus importante qu'aucune autre (elle est supérieure à 200% du PIB). Pourtant, le pays demeure riche et solide avec une espérance de vie et des critères de bien-être très élevés.

C'est que le Japon a une balance commerciale équilibrée et n'a pas besoin d'emprunter à l'étranger. Sa dette publique, toute entière souscrite par des nationaux, n'est donc pas de même nature que celle de la France ou la Grèce. C'est une forme d'impôt rémunéré, avec l'avantage que les créanciers sont solidaires de l'État et n'ont pas intérêt à spéculer contre lui. S'il fait faillite, eux-mêmes en pâtiront.

Le Canada et la Suède, confrontés à une dette publique importante, dans les années 1990, ont d'abord procédé à une sévère dévaluation de leur monnaie. Ils ont pu de la sorte rééquilibrer leur balance commerciale. Le rééquilibrage des finances publiques a été ensuite un jeu d'enfant : avec un secteur productif en ordre de marche, nul n'avait plus besoin des secours de l'État.

Le Royaume-Uni a pu se relever de la «crise des subprimes» de façon similaire, en laissant glisser sa monnaie avant de s'attaquer aux rigidités de l'État. Ce pays, qui n'appartient plus que pour la forme à l'Union européenne et se rapproche à grandes brasses des États-Unis, a retrouvé un taux de croissance honorable et un taux de chômage modéré.

Le plus spectaculaire est le cas de l'Islande. Frappée plus qu'aucun autre pays par les dérives de son secteur bancaire en 2008, elle a retrouvé en trois ans à peine le chemin de la croissance, d'une part en imposant à ses banques de rembourser elles-mêmes le coût de leurs erreurs, d'autre part et surtout en dévaluant fortement sa monnaie.

2/ «Serrer la ceinture»

L'État peut tenter de diminuer les importations et la consommation intérieure par une réduction autoritaire des dépenses publiques, des salaires et des pensions. Il se résigne dans ce cas à une baisse programmée du Produit Intérieur Brut et à l'appauvrissement de la population.

Cette politique est celle imposée par la «troïka» (BCE-FMI-CE) à Athènes, Lisbonne ou encore Nicosie, sous prétexte de réduction des déficits publics. Elle est qualifiée par ses promoteurs de «dévaluation interne», un barbarisme destiné à éviter le terme maudit de «déflation», qui rappelle les mauvais souvenirs des années 1930.

Elle se révèle très difficile à mettre en œuvre. Non seulement elle appauvrit les pays concernés mais elle aggrave aussi les injustices sociales car les classes dominantes ont toujours moyen d'échapper à la rigueur commune.

Enfin, elle tourne le dos à la tradition démocratique de l’Europe en conduisant des fonctionnaires européens à imposer des mesures de rigueur par-dessus la tête des élus nationaux. Ainsi, il est pour le moins paradoxal qu’à Chypre, en mars 2013, la «troïka» impose une taxation des dépôts bancaires et une nationalisation des grandes entreprises privées dans le seul but de sauver la monnaie unique, alors que celle-ci était présentée comme la clé de voûte d’une économie fondée sur la libre entreprise et le respect de l’épargne !

3/ Dévaluer la monnaie de façon à gommer le déficit commercial

L'autre remède au déficit commercial est pratiqué avec succès par les États maîtres de leur monnaie. Il consiste à laisser glisser le taux de change de façon à réajuster la valeur des importations au niveau des exportations.

Quand la France avait des francs et l’Allemagne des marks et que les Allemands vendaient aux Français plus de Mercedes qu’ils ne leur achetaient de Renault, il s’ensuivait (comme aujourd’hui) un déséquilibre de la balance commerciale entre les deux pays. Mais celui-ci s’éteignait de lui-même dès lors que la Banque de France renonçait à soutenir le cours du franc par des achats de devises à l’étranger, autrement dit dévaluait le franc.

Les Mercedes devenant plus chères que les Renault, Français et Allemands retournaient vers ces dernières jusqu’à rééquilibrer la balance commerciale.

Ainsi la monnaie nationale protégeait-elle chaque pays contre lui-même : les Français contre leur propension à trop consommer (importer) et pas assez produire (exporter) ; les Allemands contre leur propension à trop épargner et trop… travailler.

Quand il était nécessaire de rééquilibrer la balance commerciale, la dévaluation répartissait l'effort de façon parfaitement équitable et indolore entre tous les citoyens, qu'ils soient rentiers, retraités, entrepreneurs ou salariés. Au demeurant, cet effort était relatif : la dévaluation accroît le prix des importations mais pas des productions nationales. D'autre part, cerise sur le gâteau, elle réduit le prix des exportations et permet de relancer celles-ci, autrement dit de développer l'activité nationale.

Par le biais d'une dévalorisation régulière du franc par rapport au mark, la France a pu, pendant un demi-siècle, se confronter avec succès à l'Allemagne, en dépit d'une organisation industrielle beaucoup moins agressive.

En 1949, le mark valait à peu près un franc. Dans chacune des quatre décennies suivantes, jusqu'en 1989, le mark a gagné environ 30% par rapport au franc jusqu'à valoir 3,35 francs. Pendant toute cette période, malgré ou à cause de cela, la France a rattrapé son retard industriel et social sur sa voisine d'outre-Rhin. Il y a encore une quinzaine d'années, rappelons-le, PSA concourait avec Volkswagen pour la première place dans l'industrie automobile européenne.

À l'abri de leur monnaie, la France et ses voisins méditerranéens se sont ainsi développés en cultivant une manière faite de solidarité, de créativité, d'un certain laisser-aller aussi, qui donne du goût à la vie... De même l'Allemagne, avec d'autres qualités collectives.

La monnaie nationale, amie de la démocratie

Libre à une société humaine de vivre de façon plus indolente ou dispendieuse que ses voisines ; simplement, dans ce cas, elle doit accepter de laisser filer sa monnaie et payer ses importations plus cher. C'est son choix.

Si la France a choisi de dorloter sa fonction publique et ses intermittents du spectacle, d'entretenir une force nucléaire et d'engager son armée chaque fois que nécessaire, d'ouvrir les bras à une immigration venue des régions les plus déshéritées de la planète, de chouchouter ses bébés... c'est son choix, dicté par la démocratie. De son côté, l'Allemagne a fait le choix de privilégier ses ouvriers et techniciens de l'industrie, de se tenir en-dehors des conflits qui agitent la planète, de restreindre l'immigration aux travailleurs qualifiés du continent européen et de tourner le dos aux bébés (et à l'avenir). 

Ces choix opposés se soldent par des charges sociétales plus lourdes de ce côté-ci du Rhin. Il s'ensuit pour les entreprises françaises un déficit de productivité. Jusqu'en 1999, la monnaie nationale le compensait en se réajustant régulièrement à la baisse par rapport au mark.

Mais avec la monnaie unique, les Français n'ont plus d'autre alternative que de s'aligner sur les choix sociétaux de leur concurrent principal, l'Allemagne, ou d'accepter le déclin irréversible de leurs industries et de leur niveau de vie.

(3) Une solution, la monnaie «commune» et non pas «unique» ?

Sans véritable nécessité économique, dans un objectif purement politique et idéologique, les dirigeants européens ont donc confié en 1999 les économies du continent à une monnaie unique qui fait fi des particularités nationales, en particulier dans le rapport au travail et la gestion des solidarités.

Depuis lors, mésestimant les différences anthropologiques, culturelles et historiques entre les populations européennes, ils tentent d'imposer un modèle social et économique uniforme, inspiré du «modèle» allemand, ou plus exactement prussien, fondé sur l’austérité, l’inégalité et le respect de l’autorité. La réussite de la monnaie unique passe par la généralisation de ce modèle. Mais les peuples résistent et restent fidèles à leurs penchants traditionnels. Les Français pas davantage que les Grecs ne tiennent à se convertir en Prussiens. Faut-il s'en étonner?... 

Du coup, n’étant plus protégées par la barrière de la monnaie et l’arme de la dévaluation, les économies les moins agressives s’effondrent et menacent d’entraîner tout le continent dans leur ruine.

Refusant de regarder la réalité en face, les dirigeants européens s’obstinent néanmoins à préserver la monnaie unique, fut-ce en violant le suffrage universel (le traité constitutionnel a été appliqué en dépit de son franc rejet par les Français et les Hollandais en 2005) ou la souveraineté des États. Après que la Grèce, Chypre et le Portugal ont été placés sous le protectorat d’une commission occidentale, les élus français (droite et gauche réunies) ont de leur propre chef adopté la «règle d'or budgétaire» qui les prive au profit de Bruxelles de leur principal pouvoir, le contrôle des recettes et des dépenses publiques.

Une catastrophe majeure se profile. Elle nourrira les réflexions des historiens du futur sur l’inconscience abyssale des Européens de ce début du XXIe siècle. Y aurait-il moyen de l’éviter ?  

- Une alternative brutale : la sortie de l'euro

La manière la plus évidente d'échapper au piège de la monnaie unique est d'en sortir, soit que tous les États de la zone euro s'accordent sur le retour à la case départ et rétablissent leur monnaie nationale, soit que les États les plus fragiles (Chypre, Grèce, Portugal...) demandent l'un après l'autre à en sortir isolément.

Les partisans de la monnaie unique, confrontés à son échec, se sont retranchés derrière une ultime ligne de défense : «S'il est vrai que l'euro n'a amené que des déconvenues, en sortir serait bien pire, avec le retour à l'inflation, une dette astronomique, la fermeture des frontières etc etc !» Ils assènent cet argument ambigu avec la même assurance qu'ils en mettaient à énoncer il y a quinze ans les bienfaits de la monnaie unique...

On peut légitimement mettre en doute ces prédictions mais on ne peut faire fi d'une conséquence certaine de la fin de l'euro : il s'ensuivrait dans tous les cas un détricotage de la construction européenne, laquelle ne tient plus que par la monnaie.

En effet, depuis que la finance a pris le pas sur l'industrie dans les années 1980, aucun projet mobilisateur n'est venu relayer les grands projets antérieurs (politique agricole commune, Arianespace, Airbus). D'autre part, le Royaume-Uni, principal pays demeuré à l'écart de la zone euro, a depuis plusieurs années pris le large. Il s'est rapproché des États-Unis et n'adhère plus que de façon très formelle à l'Union européenne.

Au demeurant, Chypre, la Grèce, le Portugal ou encore l'Espagne, qui auraient les meilleures raisons de quitter la zone euro, n'en ont aucune envie pour des motifs essentiellement politiques. Ces pays ont vécu dans la pauvreté, l'asservissement ou la dictature jusqu'à une date récente. Ils ont perçu leur accession à l'Union européenne et à la zone euro comme un brevet de modernité. Ils craignent le retour dans l'ombre et, de toute façon, avec la fuite à l'étranger de leurs jeunes élites, ont perdu les ressorts qui leur permettraient d'affronter seuls les défis planétaires à venir.

Aussi n'est-il pas exclu que la monnaie unique perdure vaille que vaille, fut-ce au prix de la ruine du Vieux Continent et du retour des pays méditerranéens à l'état qui était le leur il y a une centaine d'années. Dans un essai percutant, Le déclin, le jeune historien belge David Engels a montré à quoi pourrait ressembler cette Europe future, centrée sur Berlin et l'Allemagne...

- Une alternative élégante : la monnaie «commune»

Refusant le déclin auquel nous voue la monnaie unique mais écartant l'idée d'un retour en arrière brutal, nous soumettons à votre réflexion une solution propre à réconcilier les citoyens européens avec l’Union et avec l'euro.

Il s'agit de transformer la monnaie «unique» en une monnaie «commune», en réintroduisant des monnaies nationales (drachme, franc, mark...) adossées à cette monnaie commune. Cette  solution a été envisagée lors du débat sur la monnaie européenne mais trop vite écartée par les Allemands et les Français.

Cette monnaie «commune» tient en deux points : 

1- La monnaie commune (continuons de l'appeler euro) se présente, dans cette hypothèse, comme une monnaie complémentaire des monnaies nationales. Elle est réservée aux transactions extra-européennes (importations de marchandises chinoise ou de pétrole moyen-oriental). Étant soutenue par les États les plus riches du continent, elle est sûre d'être respectée par les interlocuteurs financiers du reste de la planète et à l'abri d'éventuelles attaques de spéculateurs.

2- Chaque pays utilise par ailleurs sa monnaie nationale pour les usages domestiques et les échanges avec le reste de la zone monétaire européenne. En cas de déséquilibre des échanges intra-européens, cette monnaie peut être réévaluée par rapport aux autres monnaies du «panier» commun.

- Une Europe à l'abri de la spéculation et des déséquilibres commerciaux

La monnaie commune est un dispositif intermédiaire entre le Système monétaire européen (SME) mis en place en 1979 et la monnaie unique qui lui a succédé.

- La monnaie commune a un grand avantage sur le SME, qui avait introduit une monnaie de compte commune, l'ECU, conçue comme un «panier» des monnaies nationales.

Elle réserve en effet les monnaies nationales aux échanges à l'intérieur de la zone monétaire européenne. Indisponibles sur les places financières internationales, à Londres, Tokyo ou New York, ces monnaies se trouvent de ce fait à l'abri d'éventuelles attaques spéculatives.

- L'avantage décisif de la monnaie commune par rapport à la monnaie unique est d'autoriser les réajustements monétaires entre États européens, en cas de déséquilibre flagrant des échanges.

Supposons que la balance commerciale d'un pays vienne à se dégrader brutalement comme c'est le cas aujourd'hui en France ou en Grèce : le pays va demander un réajustement de son taux de change par rapport à la monnaie commune. De la sorte, il va pouvoir relancer en douceur ses exportations et réduire ses importations.

Appliquée à la Grèce, cette solution lui eut permis de rétablir à bon compte sa compétitivité touristique et agricole par rapport à ses concurrents extra-européens (Turquie, Tunisie...). Appliquée à la France, elle eut évité à son industrie automobile que de simples erreurs de management s'avèrent mortelles face au rouleau compresseur allemand.

Notons que la monnaie commune, en garantissant l'équilibre des échanges, supprime la tentation protectionniste...

- Une monnaie commune à usage international et des monnaies à usage européen

La monnaie commune induit un système monétaire à deux étages, avec une «lubrification» interne :

1- la Banque Centrale Européenne gère les émissions en euros et les conversions entre euros et devises étrangères (dollars, yens, roupies, livres...).

2- les Banques nationales gèrent les émissions dans leur monnaie et les conversions dans une autre devise européenne ou en euros.

Par exemple, un Français ayant vendu des parfums aux États-Unis, il convertit ses dollars en francs auprès de la Banque de France. Celle-ci, à son tour, remet les dollars à la Banque Centrale Européenne  et obtient en contrepartie des francs.

La BCE échange ses devises étrangères (dollars, yens...) contre les euros disponibles sur les marchés internationaux. Le taux de change entre l'euro et les devises étrangères s'établit normalement sur la base des quantités disponibles : en simplifiant, disons que si les banques américaines ont dix milliards d'euros dont elles n'ont pas l'utilité et la BCE quinze milliards de dollars, on aura un taux de change d'un dollar et demi pour un euro. 

Maintenant, si un Allemand vend des voitures en France, il reçoit des francs qu'il cède à la Banque d'Allemagne contre des marks. À son tour, la Banque d'Allemagne convertit ses francs en marks auprès de la BCE.

Enfin, si un importateur français veut acheter des télévisions au Japon, il donne à la Banque de France les francs dont il dispose et celle-ci les convertit en euros auprès de la BCE.

3- la BCE sert de chambre de compensation entre les différentes monnaies européennes - c'est sa deuxième fonction -.

Si, sur la base des taux en vigueur, la BCE a reçu de la Banque de France moins de monnaies européennes ou étrangères qu'elle n'a reçu des francs de l'ensemble des autres banques, c'est le signe d'un solde commercial négatif de la France.

Dans ces conditions, soit la Banque de France demande un crédit en considérant que ce déficit est accidentel et pourra être facilement résorbé, soit on réajuste à la baisse la part du franc dans le «panier» européen ; c'est une dévaluation interne.

Des monnaies qui «flottent», c'est naturel

La classe politique européenne a instillé la peur des «manipulations monétaires» pour justifier la monnaie unique... et les fructueux placements financiers qu'ils en attendent. Rien n'est plus absurde que cette peur.

Lorsqu'il s'agit de rééquilibrer le solde commercial d'un pays, la dévaluation est un remède beaucoup moins douloureux que l'austérité imposée (baisse des salaires) et autrement plus efficace.

Au demeurant, elle ne change rien aux échanges intérieurs, qui concernent la grande majorité de l’activité. Elle a pour seul effet visible d’augmenter le prix des achats à l’étranger, au demeurant dans une proportion réduite. Ainsi, le prix du carburant automobile, produit sensible entre tous, est à plus de 60% constitué par les taxes intérieures, le coût du raffinage et de la distribution ; l'effet d'une dévaluation est dans ce cas minime et peut être très facilement compensé par une légère diminution des taxes intérieures.

Notons enfin que, si les ajustements monétaires sont interdits entre «partenaires» européens du fait de la monnaie unique, ils perdurent bel et bien entre la zone euro et le reste du monde. L'euro «flotte» en permanence par rapport au dollar ou au yen. Il se dévalue ou se réévalue sans que personne s'en émeuve ou tente de s'y opposer. Ce régime des «changes flottants» agit comme une force de rappel dans le sens d'un rééquilibrage des échanges commerciaux de la zone euro avec le reste du monde. Et c'est heureux.

- Une Europe «unie dans la diversité»

Pour les citoyens ordinaires, la monnaie commune a l'inconvénient, notons-le, de réintroduire le change des pièces et des billets entre les pays européens pour les petits achats hors de chez soi ; cet inconvénient mineur doit être rapporté à l'inconvénient majeur de la monnaie unique : ruine des États méditerranéens, désindustrialisation et chômage de masse... Refuse-t-on un médicament sous prétexte qu'il a mauvais goût ?

Il n'est pas trop tard pour mettre en oeuvre la monnaie commune. Cette solution inédite reflète à merveille dans le domaine monétaire la belle devise de l'Union européenne : «Unie dans la diversité»... Elle offre l'avantage d'une monnaie forte sur la scène planétaire, avec des taux d'intérêt avantageux, tout en respectant les différences entre les sociétés de notre cher Vieux Continent.

Mais qui saura se détacher des idées convenues, porter les yeux sur elle et arrêter la course à l'abîme?

Les pays du Sud - et l'Irlande -, on l'a vu, n'ont ni la volonté ni la stature qui leur permettraient d'imposer une réforme de l'Europe et de sa monnaie. Seule la France, forte de son potentiel économique, de sa relative jeunesse, de son histoire et de sa culture démocratique et révolutionnaire, en est encore capable.

Osons le mot : c'est d'une révolution que sortira le salut de la France et de l'Europe, avec un franc rajeunissement de la classe politique. Mais le temps presse. Dans quelques années, les chances de rebond de notre pays auront été réduites à néant par la ruine de son industrie et l'exil de ses jeunes diplômés.

Joseph Savès
Monnaie commune, mode d'emploi

Le passage de la monnaie unique à la monnaie commune serait bien plus simple et moins coûteux que les bricolages financiers par lesquels, depuis cinq ou six ans, on tente de sauver la monnaie unique :

1- Dans un premier temps, les responsables européens proclament haut et fort leur volonté de défendre coûte que coûte la monnaie unique... afin d'endormir la méfiance des marchés.

2- Ensuite, à la faveur d'un long week-end ensoleillé durant lequel tout le monde (ou presque) est parti en villégiature, ils suspendent les transactions en euros.

3- Ils décrètent la conversion par les banques des montants en euros qu'elles détiennent dans la nouvelle monnaie nationale au taux de 1 pour 1 (1 drachme = 1 franc = 1 mark = ... = 1 euro). Rien de plus simple : il s'agit d'un jeu d'écriture informatique quasi-instantané.

4- Les agences bancaires apposent sur les billets de banque qui passent en leur possession un tampon à l'effigie de la nouvelle monnaie nationale : il ne s'agit que d'un détail car la monnaie fiduciaire (billets de banque et pièces de monnaie) représente moins de 5% de la masse monétaire totale, très loin derrière la monnaie scripturale (comptes en banque).

5- Important : les dettes en euros sont elles-mêmes converties dans la nouvelle monnaie nationale du débiteur. C'est, en drachmes par exemple, que la Grèce est invitée à rembourser ses précédents emprunts en euros.

L'argument est d'une logique juridique imparable :

Quand ils ont prêté à la Grèce, les créanciers ont-ils obtenu l'assurance formelle que l'Europe garantirait le remboursement de leurs prêts? En aucune façon. Dès lors que la Communauté européenne et la BCE ont refusé d'endosser les risques liés à la dette grecque, on est en droit de considérer celle-ci comme strictement liée à la Grèce, à son économie et à sa monnaie, qu'elle s'appelle euro ou drachme. Si la monnaie grecque est dévaluée, c'est tant pis pour les créanciers étrangers qui, en bons capitalistes, doivent assumer les risques de leurs placements et payer leurs erreurs de jugement.

Le rattachement de la dette à la monnaie nationale n'est pas seulement une mesure de bon sens. C'est aussi une mesure salutaire car elle intéresse les créanciers au redressement du pays. Ils ont tout intérêt en effet à ce que la monnaie soit dévaluée a minima et se redresse au plus vite (c'est tout le contraire si leurs prêts restaient rattachés à l'euro).

6- Il ne reste plus à la Banque Centrale Européenne qu'à réévaluer le taux des nouvelles monnaies nationales par rapport à l'euro commun, avec, par exemple une dévaluation de 40% de la drachme, une dévaluation de 15% du franc et une réévaluation de 15% du mark. De quoi redresser immédiatement l'activité touristique et agricole de la Grèce ou la production industrielle de la France.

Les Allemands et les petits et gros épargnants de la planète n'auront pas à en souffrir dans leur vie quotidienne ; ils seront simplement conduits à moins épargner et accepter de moindres rendements sur leurs placements. Y sont-ils prêts ? Oserons-nous les y contraindre ? C'est toute la question.

 

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Mise à jour : 2014-02-15 08:23:22