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À quand remontent les premières tombes individuelles de soldats ?

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Chorégraphie

Entrez dans la danse !


Jean de Pal, Affiche pour les Folies Bergères («Tous les soirs la Loïe Fuller»), vers 1897, Musée national de la Coopération franco-américaine, Blérancourt.«Et bien, dansez maintenant !» Ce conseil donné par la fourmi à l'imprudente cigale rappelle qu'au fil des siècles, la danse n'a pas toujours été vue d'un très bon œil...

Activité inutile, trop sensuelle et finalement dangereuse pour les uns, elle est aussi discipline sacrée, école de la maîtrise du corps et quête de la beauté pour les autres. Présente de tous temps sous tous les cieux, elle fait à la fois partie du quotidien des peuples et de leurs arts les plus précieux.

À l'occasion du tricentenaire de l'École de danse de l'Opéra de Paris, enfilons à notre tour pointes ou sabots pour observer comment on se lançait autrefois dans la danse !

Jean Béraud, Les Coulisses de l'opéra, 1889, musée Carnavalet, Paris.
Une école pour les «petits rats»

Habitué à tout maîtriser, le roi Louis XIV ne pouvait pas laisser la danse, sa grande passion, sans lui donner un encadrement à la hauteur de ses ambitions. Après avoir créé en 1661 l'Académie royale de la Danse, il se penche sur le problème des effectifs, bien décidé à «parvenir à élever des sujets propres à remplir les emplois qui manqueront».

C'est ainsi que l'École de l'Académie voir le jour le 11 janvier 1713. Gratuite, elle a pour vocation de mener les jeunes danseurs au rang de professionnels.

Tout en veillant sur l'héritage de l'Académie il s'agit de développer, dit l'ordonnance royale, «l'école française fondée sur la primauté de l'harmonie, la coordination des mouvements, la justesse des placements et le dédain de la prouesse», recommandations qui donneront naissance au XIXe s. à la danse classique.

Installée depuis 1987 à Nanterre, près de Paris, l'École française de la danse, plus ancienne école de danse d'Occident, forme la presque totalité des danseurs des ballets de l'Opéra de Paris. Les «petits rats» n'ont pas fini d'user les parquets !

Premiers pas...

Sorcier de la grotte de Gabillou (Dordogne), gravure rupestre, 14 000 av. J.-C.Le premier danseur connu ne semble pas avoir cherché l'élégance et la pureté du geste... On trouve le souvenir de sa prestation sur un mur de la grotte de Gabillou, en Dordogne : le visage caché sous une tête de bison, sa position peut faire penser qu'il tournait sur lui-même, certainement pour atteindre le vertige et l'extase.

Les premières danses étaient en effet certainement à caractère religieux : par le tournoiement, on entrait en communication avec les esprits avant de leur rendre hommage de façon collective, notamment par des rondes.

Ces danses rituelles, que l'on trouve encore chez les Amérindiens, chez les peuples africains (Dogons) ou en Turquie avec les derviches tourneurs, font du corps un outil mis au service de la divinité pour créer le contact avec elle.

Mais gageons que nos ancêtres, comme nos enfants et nous-mêmes, aimaient aussi créer des mouvements pour le simple plaisir de bouger...

Danseuse acrobatique, Égypte, vers 1200 av. J.-C., Turin, Musée égyptien.

L'Antiquité sur les demi-pointes

En Égypte aussi, on danse pour les dieux : prêtres et même pharaons enchaînent les mouvements sacrés tandis que des professionnelles se lancent dans des acrobaties spectaculaires.

Un peu plus au nord, en Crète, la danse devient une activité fondamentale qui bénéficie de lieux réservés, comme au grand palais de Cnossos. La Grèce hérite de cette passion et profite de toutes les grandes cérémonies, privées ou religieuses, pour faire des démonstrations de l'art de la muse Terpsichore.

Comme l'indique l'étymologie du mot grec, la danse («choros»), souvent faite sur demi-pointes, est d'abord l'expression de la joie («chora» en grec) même si l'on s'en sert aussi pour la formation guerrière, avec les exercices de la pyrrhique exécutés au son de la flûte. Mais le moment le plus attendu est la fête de Dionysos pendant laquelle les Ménades célèbrent par des mouvements vifs le retour des beaux jours. 

Cortège de jeunes bacchants et bacchantes célébrant Dionysos, plaque décorative dite Plaque Campana,  fin de l'Empire romain, musée du Louvre, Paris.

Étrangement, Rome est restée plus timide et se contente de faire évoluer les danseurs au milieu des jeux du cirque ou des banquets.

«Où il y a danse il y a diable»

L'Église se montre vite méfiante face à ces manifestations qui semblent avoir hérité de la mauvaise réputation de certaines danses païennes. Pourtant, la Bible ne montre-t-elle pas David dansant de joie en accueillant l'Arche d'alliance à Jérusalem ? Il est vrai que c'est aussi en mettant en valeur ses charmes que Salomé séduisit son beau-père le roi Hérode pour obtenir la tête de Jean-Baptiste...

Cette ambiguïté persista au fil des siècles : certes, on fait se trémousser les morts sur les représentations de danses macabres et on pratique la carole (ronde) à l'intérieur des églises, mais on tente aussi d'imposer le chant grégorien, dénué de tout rythme dansant... 

Au Moyen Âge, l'aspect festif prend le pas sur le sacré. Le peuple s'adonne à des chorégraphies au rythme simple et aux pas libres tandis que dans les milieux nobles on préfère des compositions plus élaborées.

Pour accompagner les banquets sont organisées des momeries où l'on peut admirer les enchaînements de danseurs déguisés, à l'exemple du roi Charles VI, métamorphosé en splendide «homme sauvage» lors d'un mariage, en 1393. Quel dommage que les costumes de ses compagnons aient pris feu pour faire de cette fête un inoubliable et tragique «bal des Ardent» ! On dit d'ailleurs qu'ils dansaient «avec une frénésie vraiment diabolique» (Chronique de Saint-Denis)...

Bernt Notke, Danse macabre, avant 1499, Art museum of Estonia, Tallinn.

Les nobles mènent la danse

Ni ce drame ni la frilosité de l'Église ne mirent fin à la passion croissante des nobles pour la danse. À partir du XVe s., celle-ci devient même un élément majeur de la vie de cour.

Pour le pouvoir, c'est l'occasion de briller et d'asseoir son autorité. On ne se contente plus des gestes chorégraphiés des serveurs, on se met désormais soi-même en scène ! Les maîtres à danser, devenus professionnels, deviennent indispensables pour tous ceux qui veulent se faire remarquer par la maîtrise de gestes désormais codifiés.

Pour les membres des ballets, mis à la mode par Catherine de Médicis, l'exigence en matière de technicité s'accroît : ils doivent désormais s'approprier les jetés, battements frappés et autres entrechats décrits dans Il Ballerino de Marco Caroso qui établit ainsi les bases de notre danse classique.

Mais le temps est encore à l'exubérance du baroque qui met ses machineries et son burlesque au service de l'action dramatique. La danse devient en effet expressive, avant de se faire outil de propagande.

Rabel Daniel, Ballet du Chasteau de Bicêtre (

Le Soleil entre en scène

En février 1653, dans la salle du Petit-Bourbon, retentissent les premières notes du Ballet de la nuit en présence d'Anne d'Autriche et Mazarin.

Stefano della Bella, Costume de Louis XIV (Apollon) dans le Ballet de la nuit, 1653, Bnf, Paris. C'est l'occasion pour le tout jeune Louis XIV de montrer ses talents de danseur, acquis grâce à des répétitions quotidiennes depuis l'âge de sept ans. Il y gagne aussi son surnom de Roi-Soleil !

Dès lors, cette passion ne le quitte plus : il est partout, face au public bien sûr, mais aussi en amont de la création, choisissant thèmes et mises en scène avec l'aide de Pierre Beauchamp, son maître à danser.

Celui-ci devient logiquement le premier directeur de l'Académie royale de danse, dont la création en 1661 fut décidée avant même celle des belles-lettres ou des sciences.

Mais Beauchamp ne se contente pas de «conférer du fait de la danse» : c'est aussi un théoricien qui codifie les positions de base des jambes, et un créatif qui sait s'entourer des meilleurs talents, comme Molière et ce «coquin ténébreux» qu'est Jean-Baptiste Lully.

Ensemble, ils vont inventer la comédie-ballet où la danse est intégrée à l'action avant de ne redevenir qu'un simple ornement lors des opéras.

De l'action !

Illustration de Raoul Feuillet, Chorégraphie ou L'Art de décrire la dance […], 1700, BnF, Paris.Au XVIIIe s., les spectacles de danse n'existent toujours pas : ils servent d'accompagnements, notamment aux fastueux opéras-ballets de Jean-Philippe Rameau comme le célèbre Les Indes Galantes (1735).

On aime alors admirer des figures fondées avant tout sur la virtuosité des mouvements que l'on enseigne grâce à la méthode d'écriture inventée par Raoul Feuillet dans Chorégraphie ou L'Art d'écrire la danse (1700).

Mais c'est surtout Jean Noverre qui va révolutionner le genre en montant des «ballets en action» où les artistes sont libérés des masques et perruques mais aussi de l'obligation de multiplier les figures spectaculaires : place à la pantomime et à l'expressivité !

En 1781, il supprime même de ses Caprices de Galathée toutes les parties chantées : le ballet vient de naître pour, nous dit Noverre, «exprimer toutes les passions et les affectations de l'âme»...

Publié ou mis à jour le : 2014-07-20 14:26:07

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