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622, an 1 de l'Hégire

Les piliers de l'islam et la doctrine musulmane


Pendant les vingt ans qui ont précédé sa mort en 632, le prophète Mahomet a énoncé la parole du Dieu unique (Allah) au fil de nombreuses révélations qui s'exprimaient par une agitation de tout son corps.

Copie du Coran contemporaine du calife Othman (VIIe siècle), DR

Le Coran, de l'oral à l'écrit

Les premiers fidèles ont appris par coeur ces révélations sorties de la bouche du Prophète ou, le plus souvent, les ont transcrites sur des supports variés : tessons de poterie, morceaux de cuir, omoplates de chameau... Pour couper court à toute contestation future, le calife Othman en a confié la compilation à un groupe de travail puis fait détruire les supports d'origine.

La recension du calife Othman est désormais la seule trace physique qui reste de la Révélation divine, appelée Coran (d'après un mot arabe, Qr, qui signifie récitation).Ce texte sacré est devenu le fondement de la religion musulmane.

Le Coran se présente sous la forme de 114 sourates classées par longueur décroissante (à part la première) et divisées en 6226 versets. Les sourates sont exprimées en langue arabe, la langue de la Révélation. Pour les musulmans, il n'est pas de langue plus respectable que celle-là car c'est celle que Dieu a choisie pour parler aux hommes... Il n'empêche qu'aujourd'hui, seule une petite minorité d'érudits maîtrise suffisamment l'arabe du VIIe siècle pour pouvoir comprendre le Coran et en saisir les subtilités.

Les sourates dessinent les contours d'une doctrine simple, accessible au plus grand nombre, plus proche du déisme de Voltaire que des théologies chrétienne ou hébraïque.

Le Coran proclame la restauration d'un monothéisme authentique, dépouillé des influences corruptrices du judaïsme et du christianisme. Il prescrit à chaque homme de se soumettre ou s'en remettre à Dieu (se soumettre se dit aslama en arabe ; de ce mot dérivent islam, nom de la religion fondée par Mahomet, et musulman, appellation courante des fidèles de Mahomet).

Il organise la religion de façon très simple autour de cinq rituels fondamentaux, les «piliers», qu'il suffit à chaque fidèle de suivre pour accéder à la vie éternelle. Il détaille aussi de façon précise les règles de vie en société, y compris le droit de la guerre, le droit commercial et le droit familial.

Les cinq piliers

Les rituels de la foi musulmane s'organisent autour de cinq «piliers»...

– la profession de foi en un Dieu unique et en son Prophète Mahomet (du mot chahadah qui désigne un témoignage) : «Il n'y a de Dieu que Dieu et Mahomet est son Envoyé».

– la prière quotidienne (salah) : elle doit être précédée par des ablutions et prononcée en direction de La Mecque, cinq fois par jour, à l'aube, à midi, l'après-midi, au coucher du soleil et le soir. Le vendredi, les musulmans sont invités à la prononcer à la mosquée (masjid), lieu de rassemblement attitré des fidèles. Il revient au muezzin de lancer l'appel à la prière par la formule : «Allah 'akbar» (Dieu est grand) qui, notons-le, ne figure pas dans le Coran.

– le jeûne du mois de Ramadan : les musulmans se doivent de jeûner du lever au coucher du soleil chaque jour du mois de Ramadan, neuvième mois du calendrier lunaire des Arabes, parce que le Prophète aurait reçu ce mois-là la première révélation divine.

Du jeûne sont dispensés les malades, les femmes enceintes, les enfants et les personnes qui accomplissent le jihad.
La fin du jeûne est marquée par la grande fête de l'Id ad-Fitr ou fête de la rupture du jeûne.

– l'impôt islamique (zakat) : il se monte à un dixième environ des revenus et il s'y ajoute l'aumône charitable, au bon vouloir de chacun (çadaqa). Sur lui repose le devoir de solidarité au sein de la communauté musulmane.

– le pèlerinage à la Mecque (hadj) : il est recommandé à tous les musulmans au moins une fois dans leur vie (sous réserve qu'ils aient la capacité physique de le faire et disposent d'assez de ressources pécuniaires) : il se déroule chaque année, du 7 au 13 du dernier mois de l'Hégire.

Comme le calendrier islamique est aligné sur les cycles de la Lune et décalé par rapport au calendrier civil, aligné sur le Soleil, le pèlerinage et le jeûne se déplacent d'une année sur l'autre de onze jours.

À noter que le jihad ne figure pas parmi les cinq piliers de l'islam.

Le Coran, la foi et la société

Comme la plupart des grands textes religieux ou philosophiques, le Coran est un texte abstrus et plein d'apparentes contradictions. Il donne lieu à de multiples interprétations qui tiennent à son élaboration progressive dans le contexte mouvementé de la vie du Prophète (guerres et trêves, alliances et ruptures...) ainsi qu'à sa rédaction dans la langue arabe du VIIe siècle que seuls comprennent aujourd'hui une infime minorité d'érudits.

Les musulmans formalistes (aussi appelés intégristes ou islamistes) prétendent que la piété commande une lecture littérale des textes sacrés et en particulier du Coran. Eux-mêmes portent avec ostentation la barbe et une robe blanche comme le prophète tel qu'ils se l'imaginent ! Ils imposent à leurs femmes de se voiler et ressuscitent les traditions les plus barbares de l'Arabie du temps de Mahomet (lapidation...).

Les musulmans libéraux revendiquent une adaptation des pratiques religieuses à notre époque. Ce n'est pas parce qu'Aïsha partagea le lit du prophète à 9 ans qu'on devrait, comme dans certains pays, légaliser le mariage des fillettes à cet âge ! Ce n'est pas parce que le Coran légitime l'esclavage qu'on doit le maintenir au XXIe siècle !

– Le Coran et les femmes

À l'égard des femmes, Mahomet a manifesté de la bienveillance au regard des coutumes très archaïques en vigueur chez les Bédouins de son époque : femmes réduites à l'état d'animal domestique, infanticide des fillettes...

C'est ainsi qu'il offre avec le Coran un statut juridique aux femmes, même si ce statut les maintient dans une infériorité vis-à-vis des mâles et donne à ceux-ci le droit de les battre (*). Elles acquièrent un droit à l'héritage inférieur de moitié à celui des hommes et, devant les tribunaux, leur témoignage vaut la moitié de celui d'un homme (*).

Le Coran permet aux musulmans d'avoir jusqu'à quatre épouses légitimes... À condition d'être capables de traiter les orphelins de façon parfaitement équitable dans le cas où ils viendraient à mourir ( *). Des médisants ayant soupçonné d'adultère Aïsha, l'épouse préférée du Prophète, celui-ci eut peu après une vision qui lui dicta de très sévères sanctions pour ceux qui accuseraient une femme d'adultère sans preuves suffisantes (sourate XXIV, 4).

A noter que le Coran n'impose pas formellement aux femmes le port du voile. Il leur recommande seulement la pudeur et «la nécessité de rabattre leur voile sur leur poitrine» (sourate II, 31). Encore les érudits ne s'entendent-ils pas sur la définition du voile donnée par le Coran.... Le voile était pratique courante dans l'Orient ancien, y compris chez les non musulmans (Hindous...) mais est resté ignoré jusqu'à nos jours des musulmans d'Europe et des Berbères d'Afrique du nord.

– Le paradis des hommes

Le Coran décrit le paradis et les plaisirs qui attendent les croyants - du moins les hommes - de façon très détaillée. Ainsi chaque bienheureux aura-t-il en récompense 72 «houris / que ni homme ni djinn, / n'a jamais touchées avant eux.» (sourate LV, 74). Les femmes sont également promises au paradis mais le texte sacré ne s'attarde pas à décrire les délices qui les y attendent... Le Coran évoque par ailleurs «le feu de la Géhenne» destiné aux incrédules (sourate XXXV, 36).

Les symboles traditionnels

La tradition retient plusieurs symboles qui rappellent le Coran et les enseignements du prophète :

– L'étoile à cinq branches qui figure sur le drapeau du Maroc évoque les cinq piliers de l'islam.

– La couleur verte, habituelle sur de nombreux drapeaux de pays à majorité musulmane, évoque le vert du paradis, tel que l'imaginent les croyants.

– Le croissant de lune, que l'on voit sur de nombreux drapeaux comme celui de la Turquie, vient de ce que l'islam a adopté le cycle lunaire usuel en Arabie pour la mesure du temps.

L'islam entre obscurantisme et ouverture

Les obscurités du Coran ont amené au fil des siècles les musulmans à compléter leur instruction en se référant aux faits relatifs à la vie du Prophète : les hadith. Ces hadith, au nombre d'environ 75.000, sont réunis dans un recueil, la suna (tradition). Leur interprétation est à l'origine de nombreux commentaires de la part des imams, les personnes chargées par leur communauté de présider à la prière dans la mosquée.

Jusqu'aux alentours de l'An Mil, les commentaires autour du Coran sont innombrables, en liaison avec une grande effervescence intellectuelle. Une école réformiste propose en particulier de distinguer le Coran incréé, parole de Dieu, restée près de Dieu, dénuée de toute équivoque, et le Coran créé, celui-là même qui est sorti de la bouche de Mahomet et se doit d'être analysé et interprété.

En l'an 1019, le calife abasside de Bagdad, Al Qadir, craignant que la libre discussion ne mène à de nouvelles scissions, fait lire au palais et dans les mosquées une épître dite «épître de Qadir» (Risala al-qâdiriya) par laquelle il interdit toute exégèse nouvelle et ferme la porte à l'effort de recherche personnel des musulmans (l'ijithad).

Cette décision a été d'une importance capitale pour l'islam. Elle a tué l'esprit critique et favorisé l'imitation servile (le taqlid). On en voit les conséquences d'une part chez les intégristes qui réduisent leur foi à l'imitation de leurs lointains devanciers, d'autre part chez les théologiens qui craignent une approche historico-critique du texte sacré comme en mènent de leur côté les théologiens chrétiens ou juifs.

Au XXe siècle, toutefois, on a pu rêver d'une réinterprétation libérale des prescriptions coraniques. Habib Bourguiba, leader de l'indépendance de la Tunisie, a ainsi interdit la polygamie dans son pays en arguant du fait qu'aucun homme, sauf le Prophète, ne peut montrer une parfaite équité entre ses femmes et les orphelins éventuels. Il n'a cependant pas été suivi sur ce point par les autres pays à majorité musulmane (Turquie mise à part).

Habib Bourguiba a aussi autorisé ses concitoyens engagés dans le développement du pays à ne pas jeûner pendant le Ramadan, estimant que leur travail était une forme de jihad et justifiait une dispense. Lui-même a donné l'exemple en buvant publiquement un verre d'eau devant les députés en plein Ramadan. Geste courageux qui occasionna un grand scandale.

Alban Dignat
Commentaire : petite anecdote sur le Ramadan

Il en est qui prétendent que les jeunes Occidentaux méconnaissent l'islam. Cette anecdote atteste du contraire :
Laura et Sophie sont deux Parisiennes de 11 ans, vives et intelligentes, issues d'un milieu cultivé.
Laura : Dans ta classe, il y en a qui font le Ramadan ?
Sophie: C'est quoi le Ramadan?
Laura: C'est quand des musulmans ne mangent pas pendant toute la journée.
Le papa de Sophie : Le Ramadan, c'est un peu comme le Carême.
Laura : C'est quoi le Carême ?...

Publié ou mis à jour le : 2014-07-04 00:13:57