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5 juin 1305

Clément V, un pape français pour Avignon


Le 5 juin 1305, les cardinaux réunis en conclave à Pérouse portent à la tête de l'Église un Gascon d'à peine 40 ans. C'est le premier pape français depuis Sylvestre II. Il monte sur le trône de Saint Pierre alors que l'Église traverse une grave crise politique.

André Larané
Les retombées dramatiques d'une gifle

La crise débute le 8 septembre 1303 avec l'«attentat» d'Anagni : le pape Boniface VIII, en délicatesse avec le roi de France Philippe IV le Bel, a une violente dispute avec le représentant de celui-ci, Guillaume de Nogaret. Sous le coup de l'émotion, il meurt quelques semaines après. Il est le dernier pape à avoir rêvé d'une suprématie du Saint-Siège sur les dynasties d'Occident.

Son successeur Benoît XI est élu le 22 octobre 1303 dans une atmosphère détestable. Il annule la plupart des mesures de nature à vexer le puissant roi de France avant de mourir lui-même le 7 juillet 1304 d'une... indigestion de figues.

Le conclave en quête d'un compromis

Le conclave se réunit donc à Pérouse pour une nouvelle élection. Pendant onze mois ont lieu de pénibles tractations entre le parti français, conduit par la famille romaine des Colonna, et le parti du défunt Boniface VIII, conduit par les Caetani.

On décide finalement de choisir le pape à l'extérieur du Sacré Collège des cardinaux et l'unanimité ou presque se fait sur le nom de Bertrand de Got, prélat diplomate et juriste éminent, resté neutre dans la querelle entre le roi Philippe le Bel et le pape Boniface VIII.

Bertrand de Got est né en Aquitaine, au sud de Bordeaux. Il a été évêque de Comminges puis, à seulement 29 ans, archevêque de Bordeaux. Quand son élection lui est confirmée, lors d'une tournée pastorale, il s'en réjouit modérément et prend tout son temps avant d'accepter la sentence et de choisir le nom de Clément V.

Un pape nomade

Le nouveau pape renonce à se rendre à Rome par crainte des intrigues locales et choisit de se faire couronner à Lyon, en terre française, le 1er novembre.

Clément V fait son possible pour se concilier les bonnes grâces du puissant Philippe le Bel mais repousse sa demande d'ouvrir le procès posthume de Boniface VIII. En 1307, il a un entretien avec le roi capétien où il est question en particulier du sort des Templiers. Philippe le Bel veut abattre cet ordre, influent et riche, de moines-chevaliers. C'est chose faite le vendredi 13 octobre 1307 sans que le pape ait pu s'y opposer.

Comme il n'est toujours pas en mesure de s'établir à Rome et veut suivre de près le procès des Templiers, Clément V décide en 1309 de s'établir «provisoirement» dans un couvent de dominicains en Avignon, sur des terres d'Empire. Celles-ci seront vendues en 1348 pour 80.000 florins à son troisième successeur Clément VI par la reine Jeanne 1ère de Naples, par ailleurs comtesse de Provence, qui a beaucoup à se faire pardonner...

Même «provisoire», cet établissement aux limites du royaume de France traduit l'abaissement de la papauté depuis l'époque où Innocent III, un siècle plus tôt, prétendait soumettre les rois à son autorité.

Avignon, nouveau siège de la papauté

Après la disparition de Clément V le 20 avril 1314, le conclave désigne un nouveau pape français, le Cahorsin Jacques Duèse (72 ans). Élu le 7 août 1316 sous le nom de Jean XXII, il va régner pendant dix-huit ans et mettre en place la nouvelle administration pontificale, dans un cadre fastueux, peu propice à la méditation et à l'ascèse.

Jacques Fournier, un moine cistercien de Saverdun, lui succède le 20 décembre 1334 sous le nom de Benoît XII. Il entame la construction d'un nouveau palais, le Palais Vieux. Son oeuvre est poursuivie par Pierre Roger, d'Égletons (Limousin), élu le 7 mai 1342 sous le nom de Clément VI. 

Il construit le Palais Neuf et le décore de nombreux objets d'art, faisant de cet ensemble palatial de 15.000 m2 de superficie, dont 6.500 m2 au sol, le plus grand édifice gothique d'Occident.

Suivent Étienne Aubert, élu le 18 décembre 1352 sous le nom d'Innocent VI , et Guillaume Grimoard, élu le 28 septembre 1362 sous le nom d'Urbain V. Enfin Pierre Roger, neveu du précédent Clément VI, élu le 30 décembre 1370 sous le nom de Grégoire XI.

Le 17 janvier 1377, cédant aux prières de Catherine de Sienne et faisant fi des lamentations de son entourage, attaché au Palais des Papes et à son luxe, le pape Grégoire XI, met fin à la «captivité de Babylone» et réinstalle le Saint-Siège à Rome. La monarchie capétienne, affaiblie par la guerre de Cent Ans, n'est plus assez forte pour le retenir.

Après sa mort, le 27 mars 1378, le peuple romain impose au conclave le choix d'un pape italien, l'archevêque de Bari, qui prend le nom d'Urbain VI. Mais le nouveau souverain pontife se fait vite des ennemis par son tempérament brutal et imprévisible. Treize cardinaux français élisent en conséquence le 20 septembre 1378 leur propre pape, qui prend le nom de Clément VII... et reprend le chemin d'Avignon. Ce Grand Schisme d'Occident, qui va perdurer jusqu'en 1417, va troubler l'Église mais faire le bonheur des Provençaux.

La présence du Saint-Siège pendant plus d'un siècle vaudra un rayonnement inattendu à cette enclave pontificale constituée de la cité d'Avignon et du Comtat Venaissin voisin, cédé au Saint-Siège par Philippe III le Hardi en 1274. De 5.000 ou 6.000 habitants au début du XIVe siècle, la population d'Avignon va s'élever jusqu'à 40.000 habitants un demi-siècle plus tard (à la même époque, la principale ville d'Europe est Paris avec 300.000 habitants).

L'afflux sur les terres du pape, à Carpentras et Avignon, des juifs expulsés par le roi de France va notablement contribuer à leur prospérité.

Sous la Révolution française, Avignon et le Comtat Venaissin seront annexés par la France. Réunis à la principauté d'Orange et à quelques seigneuries du comté de Provence, ils formeront le département du Vaucluse.

Châteaux clémentins

Le souvenir de Clément V se perpétue dans sa région d'origine à travers de nombreux châteaux qu'il a généreusement offerts aux membres de sa famille. Celui de Roquetaillade, en Gironde (photo ci-dessus), appartient toujours à la descendance d'un neveu de Bertrand de Got. Il a été restauré au XIXe siècle par Viollet-le-Duc.

Publié ou mis à jour le : 2012-07-02 16:01:05

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