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Les premiers Européens (1ère partie) : ce documentaire inédit a été réalisé par Axel Clévenot. Il est commercialisé par l'INA sous forme de deux DVD.
Les premiers Européens (1ère partie)
Les premiers Européens (2e partie du documentaire inédit d'Axel Clévenot).
Les premiers Européens (2e partie)

Exceptionnel : une caméra dans les grottes de Lascaux (29/03/1981 - 02min).

Les grottes de Lascaux

Sur fond de Lascaux, le grand préhistorien André Leroi-Gourhan (1911-1986) évoque l'homme, son passé lointain et son devenir (Un certain regard - 19/04/1970 - 51min54s).

Des bisons, des chevaux et des singes
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De Neanderthal à Cro-Magnon


Notre ancêtre incontestable remonte à « seulement » quelques centaines de milliers d'années. Il n'a pas grand-chose à voir avec cette chère Lucy, née il y a 3 millions d'années en Afrique et dont les ossements ont été découverts par Donald Johanson et Maurice Taïeb en 1974 seulement. Il se distingue aussi de l'homme de Neanderthal, apparu il y a 300.000 à 400.000 ans en Eurasie.

Cet ancêtre direct a été baptisé de façon quelque peu prétentieuse homo sapiens (l'homme qui pense !). Dans sa version européenne, on l'appelle aussi homme de Cro-Magnon, d'après le nom d'un abri sous roche des bords de la Vézère (Dordogne), où ses restes ont été retrouvés.

Fait nouveau, des analyses génétiques publiées en 2010 témoignent de mélanges entre les derniers Néandertaliens et des homo sapiens venus d'Afrique, de sorte que les Européens et les Asiatiques actuels auraient 1 à 4% de gènes qui leur viendraient de l'homme de Neanderthal.

Jean-François Zilbermann

Sur la piste de nos ancêtres

L'évolution qui a mené à Neanderthal et sapiens a débuté quelques millions d'années plus tôt, avec des Australopithèques (ou singes du Sud) comme Toumaï ou encore Lucy.

- l'homo habilis et l'homo ergaster :

Il y a environ 2,5 millions d'années, certains de ces Australopithèques témoignent d'un premier progrès avec la taille de la pierre et la fabrication des premiers outils. Il ne s'agit que de galets sommairement taillés sur une face.

Les premiers fossiles de ces hominidés ont été découverts en Afrique orientale, en 1961, par le préhistorien Louis Leakey. Il leur a donné l'appellation homo habilis (sans commentaire).

Plus tard, les paléontologues ont établi une distinction entre les premiers homo habilis et une variante postérieure, proprement africaine : l'homo ergaster (ou homme artisan).

- l'homo erectus :

L'évolution se poursuit avec les pithécanthropes (ou singes-hommes), qui ont vécu de 1,7 million d'années à 400.000 années avant nous.

Leurs premiers fossiles, vieux d'un million d'années environ, ont été mis à jour en Asie, sur l'île de Java, en 1890, par un médecin hollandais, Eugene Dubois.

À l'instigation du philosophe Teilhard de Chardin, ils ont été élevés à la dignité d'homo erectus (hommes debout). On constate en effet que ces homo erectus marchent et ne conservent plus rien de l'aptitude de leurs prédécesseurs à grimper aux arbres.

Plus important : certains d'entre eux enterrent déjà leurs morts, signe de la croyance en l'au-delà. La découverte en 2003 d'une sépulture collective montre que les rites funéraires existaient déjà il y a 500.000 ans. Les homo erectus fabriquent des outils bifaces, ce qui dénote l'acquisition de la symétrie. Ils sont aussi à l'origine de la domestication du feu, laquelle remonte à plus de 500.000 ans.

Répartition sexuelle des tâches

L'apparition de la station verticale est essentielle dans le processus d'humanisation. Elle a facilité le développement de la boîte crânienne et des facultés cérébrales. Elle a entraîné la descente du larynx et permis la vocalisation et l'apparition du langage. 

Elle a aussi entraîné chez nos ancêtres un rétrécissement du bassin et conduit les femelles à accoucher de plus en plus tôt, ce qui aurait eu une conséquence notable sur la répartition des fonctions sociales entre les sexes.

En donnant le jour à des bébés de plus en plus immatures, nos aïeules auraient été conduites à s'en occuper plus intensément et plus longtemps. D'où la traditionnelle répartition des tâches : aux hommes la quête de la nourriture, aux femmes les travaux d'éducation, le ménage et la simple cueillette. Cette thèse a été reprise par Élisabeth Badinter dans son essai L'un est l'autre.

L'évolution s'est poursuivie sur tous les continents. C'est ainsi que des homo erectus émigrent de l'Afrique vers l'Eurasie il y a environ 500.000 ans. Ils vont donner naissance à Neanderthal, suite à différentes mutations génétiques. Leurs homologues, restés en Afrique, évoluent quant à eux vers l'homo sapiens (l'homme moderne, soit nous-mêmes).

L'homme de Neanderthal

L'homme de Neanderthal (ou Néandertal) apparaît il y a environ 300.000 à 400.000 ans. Il tire son nom de la vallée de Neander, proche de Düsseldorf (Allemagne), dans laquelle ont été découverts en 1856 ses ossements, mais on a détecté sa présence dans toute l'Europe (La Chapelle-aux-Saints, Moustier...) et au Moyen-Orient.

En dépit d'une représentation commune qui souligne sa bestialité, Neanderthal est un homme évolué, avec même une capacité crânienne supérieure à la nôtre (1300 cm3). Il domestique le feu et enterre ses morts selon de savants rituels. Il porte des parures et utilise des outils. Vivant sous des climats froids, il mange surtout de la viande et se couvre de peaux.

Il disparaît il y a tout juste 30.000 ans.

Neanderthal rencontre homo sapiens

On a longtemps supposé que Neanderthal s'était effacé devant l'homo sapiens venu du continent africain.

Quelques homo sapiens africains ont en effet effectué une migration vers le Moyen-Orient, il y a environ 80.000 ans . Ils y ont rencontré Neanderthal, chassé des hautes latitudes par une période glaciaire. La rencontre se passe plutôt bien. Les outils de cette époque dite moustérienne (de Moustiers) retrouvés sur place ne diffèrent guère selon qu'ils appartiennent à l'un ou l'autre groupe.

Les deux groupes ne se contentent pas de tailler des outils ensemble... Ils se mettent volontiers en ménage et font des enfants. C'est ce qu'a montré l'équipe de généticiens de l'institut Max Planck dirigée par le Suédois Svante Pääbo, dans une étude publiée par la revue Science le 7 mai 2010.

De ces croisements résulterait la présence de 1 à 4% de gènes issus de Neanderthal dans le génome des Européens, des Asiatiques et des Océaniens actuels. Les Africains en seraient exempts du fait d'un lien exclusif avec l'homo sapiens.

Par la suite, les deux groupes ont divergé jusqu'à cesser d'être interféconds et les derniers Neanderthal ont disparu il y a environ 30.000 ans.

On a supposé que l'homo sapiens, plus agressif et plus volontaire, plus apte aussi au langage, aurait repoussé vers le nord les groupes primitifs de Neanderthal. La préhistorienne Marylène Patou-Mathis réfute cette hypothèse, qui ne repose sur rien, et pense plutôt que les Neanderthal ont tout simplement disparu du fait d'une trop faible fécondité. Ne les sous-estimons pas. Ils ont parcouru l'Eurasie pendant plus de 300.000 ans ; c'est beaucoup plus que le temps écoulé de l'apparition d'homo sapiens à notre époque.

Cro-Magnon, notre ancêtre

Il y a 30.000 ans, l'homo sapiens se retrouve donc être le seul être humain à bord de la planète Terre. Les couleurs de peau et l'apparence physique (les caractères dits « raciaux ») commencent à se différencier selon les régions.

L'homo sapiens européen est baptisé Cro-Magnon, d'après le nom d'une grotte, en Dordogne, où l'on a découvert en 1868 ses premiers ossements.

Cet homme de Cro-Magnon, notre ancêtre direct, en tous points semblable aux Européens et Méditerranéens actuels, s'épanouit au début des premières glaciations.

À Brassempouy, près des Pyrénées, il nous a laissé le plus ancien visage féminin connu sous la forme d'une petite statuette en ivoire : la Vénus de Brassempouy ou Dame à la capuche. Elle aurait 25.000 ans. Presque aussi ancienne est la Vénus de Willendorf (Autriche).

Par ses peintures pariétales, dont nous restent les témoignages d'Altamira et Lascaux (environ 18.000 ans), de Chauvet-Pont d'Arc (32.000 ans)... Cro-Magnon confirme un remarquable sens artistique.

Beaucoup plus tard, ses descendants goûtent le bonheur de vivre en communauté. Ils construisent des villages permanents puis développent l'agriculture et l'élevage.

Le berceau de la préhistoire

L'étude de la préhistoire est pour l'essentiel née en France à la fin du XIXe siècle. Elle s'est développée à l'Institut de Paléontologie humaine (Paris, 6e), non loin du Jardin des Plantes. Cet Institut, magnifique monument en pierre de taille et boiseries, est une création du prince Albert 1er de Monaco. Il a été construit en 1910-1913. Il a accueilli de très grands savants, tels Henri Breuil, André Leroi-Gourhan ou Henry de Lumley, son directeur actuel.

Malheureux cousins

Aujourd'hui, il ne reste plus que cinq espèces d'hominidés : le gorille, l'orang outang, le chimpanzé, le bonobo (un petit singe du Congo ressemblant au chimpanzé)... et l'homme moderne. Elles ont en commun la station debout, une longue période de croissance et la capacité à employer des outils, capacité plus évoluée en ce qui nous concerne.

Il est malheureusement vraisemblable que les quatre premières espèces d'hominidés disparaîtront avant le milieu du XXIe siècle, du fait de la folie prédatrice des hommes qui se disent sapiens !

Bibliographie

La Guerre du Feu, célèbre roman de Rosny l'Aîné illustre de façon spectaculaire et très fantaisiste l'époque paléolithique. Son adaptation au cinéma par Jean-Jacques Annaud n'est pas moins fantaisiste et invraisemblable.

Rien à voir avec le merveilleux petit livre de l'Anglais Roy Lewis : Pourquoi j'ai mangé mon père (Pocket). Cette fable préhistorique témoigne de la lente humanisation de nos très lointains ancêtres et des questions qui devaient se poser à eux.

Je recommande L'homme premier, préhistoire, évolution, culture (Odile Jacob), par Henry de Lumley, découvreur de la grotte de Tautavel, directeur du Muséum national d'histoire naturelle et du musée de l'Homme. Ce petit ouvrage accessible à tous les publics est une excellente initiation aux méandres de la paléontologie.

Sur Neanderthal et ses secrets, il vaut la peine de lire bien évidemment le travail remarquable et très complet de Marylène Patou-Mathis : Neanderthal, une autre humanité (Perrin).

Publié ou mis à jour le : 2014-03-02 16:43:29