Toute l'Histoire en un clic
Ami d'Herodote.net

Les Amis d'Herodote.net
ont accès à un dossier complet
autour de ce sujet :

Les archives de l'INA
Au Velodrôme d'hiver, première réunion de la Légion des Volontaires Français contre le bolchevisme avec Deloncle, Déat et Doriot (25/07/1941 - 2min31s).
Volontaires Français contre le bolchévisme
Voir notre sélection de vidéos
Articles récents
Les 10 articles les plus lus
Publicité
Suivez Herodote.net sur twitter
Offrez-vous quelques minutes d'évasion
avec Les Chroniques d'Herodote.net

Adhérez aux Amis d'Herodote.net

À qui devons-nous les notes de musique ?

Réponse
Publicité

1940-1944

Les années noires de la Collaboration


La Collaboration débute formellement le 24 octobre 1940, avec la poignée de main entre Hitler et Pétain à la gare de Montoire. Ce jour-là, le vieux maréchal, chef de l'État français, évoque la «voie de la collaboration sincère» entre les deux pays, le vainqueur et le vaincu, l'occupant et l'occupé.

Pour Hitler, l'enjeu est essentiel. La France, en effet, est de loin la plus grande et la plus riche de ses conquêtes et il a besoin de ses ressources agricoles et industrielles afin de poursuivre la guerre contre l'Angleterre et plus tard l'URSS. Il attend de l'administration et des gouvernants français qu'ils mettent ces ressources à sa disposition sans trop de résistance...

Joseph Savès
La France sous l'Occupation

Cliquez pour agrandir
Envahie en six semaines par les armées hitlériennes en mai-juin 1940, la France se résigne à l'occupation de la plus grande partie de son territoire.

Par la convention d'armistice du 22 juin 1940, le gouvernement du Maréchal Pétain, établi à Vichy, se voit reconnaître une autonomie de façade sur le reste du territoire : c'est la «zone libre». Celle-ci est à son tour envahie par la Wehrmacht le 11 novembre 1942, suite au débarquement anglo-saxon en Afrique du Nord, ce qui réduit à presque rien les marges de manoeuvre du gouvernement de Vichy.

Les troupes allemandes chargées du maintien de l'ordre dans la zone d'occupation se montent à l'automne 1941 à 80.000 hommes. Elles sont rattachées au Militärbefehlshaber in Frankreich («commandement militaire en France», MBF). Il s'y ajoute 320.000 soldats pour la surveillance des côtes ainsi que des troupes chargées de la répression, les Landesschützen. Ces effectifs vont dépasser les 600.000 hommes en novembre 1942, avec l'occupation de l'ensemble du territoire, et le million en 1944, à la suite du débarquement de Normandie. 

Une collaboration consensuelle

Le gouvernement français a mis le doigt dans l'engrenage de la collaboration dès la signature de l'armistice, le 22 juin 1940.

Le vice-président du Conseil Pierre Laval croit, comme beaucoup de ses contemporains, à la victoire définitive de l'Allemagne et il juge bon de s'en accommoder.

Le 1er juillet 1940, quelques jours après l'armistice et l'occupation par la Wehrmacht de la moitié nord du pays, sur sa proposition, les ministres et les pouvoirs publics s'installent dans la zone dite «libre» (non occupée par les troupes allemandes), à Vichy, cité thermale d'Auvergne, où de nombreux hôtels sont à même de les héberger.

Le 3 juillet, la Royal Navy attaque la flotte stationnée dans la rade de Mers-el-Kébir, en Algérie, et fait 1.300 morts parmi les marins français. L'événement réveille la vieille rivalité franco-anglaise et semble donner raison aux partisans de la paix avec l'Allemagne. Le gouvernement français est à deux doigts de se retourner contre son ancien allié.

Le 10 juillet 1940, dans le casino de la ville d'eau, la Chambre élue en 1936 sous les couleurs du Front Populaire vote les pleins pouvoirs au vieux et prestigieux maréchal Philippe Pétain, le vainqueur de Verdun. C'est la fin de la IIIe République et le début de ce qu'on appelle le «régime de Vichy».

À la République française se substitue l'«État français» et à «Liberté, Égalité, Fraternité» la devise : «Travail, Famille, Patrie».

L'Allemand Otto Abetz, jeune intellectuel francophile devenu ambassadeur du Reich à Paris, rassure ses interlocuteurs français sur les bonnes dispositions de Hitler. Celui-ci n'a guère à se plaindre du gouvernement français. Celui-ci engage une politique ouvertement xénophobe au nom d'un patriotisme ambigu qui s'accommode de l'occupation étrangère.

Le 27 juillet 1940, soit un mois à peine après l'armistice, le maréchal Pétain, chef de l'État français, charge une commission de réviser les naturalisations effectuées après le 10 août 1927.

Les lois des 16 août et 10 septembre 1940 réglementent les professions médicales et l'accès au barreau. Le 27 du même mois, est promulguée la loi relative aux «étrangers en surnombre dans l'économie française». Elle conduit, en «zone libre», à l'internement d'environ 400.000 étrangers. Ils sont regroupés dans des Groupements de travailleurs étrangers sous l'autorité du ministère du travail et sous la surveillance de la gendarmerie ; les internés juifs sont regroupés dans des compagnies dites «palestiniennes» !

Le 3 octobre 1940 enfin, quelques semaines avant l'entrevue de Montoire, le chef de l'État français signe une loi portant sur le statut des Juifs. C'est une marque de soumission à ce que le régime nazi présente de plus abject. Mais le Maréchal ne va toutefois pas jusqu'au renversement des alliances et s'abstient de conclure un traité de paix avec Berlin.

Du pacifisme à la compromission avec l'occupant

Le Maréchal fait très vite l'objet d'un véritable culte de la personnalité. Beaucoup de sommités se retrouvent aux côtés du vainqueur de Verdun avec l'espoir de régénérer le pays grâce à une «Révolution nationale».

Parmi eux des représentants de l'ancienne Action française d'extrême-droite comme Joseph Darnand, qui fondera pendant l'Occupation la Milice de sinistre réputation, mais aussi des leaders et des intellectuels qui furent socialistes ou dreyfusards et sont mûs par des idées pacifistes : Pierre Laval, Abel Hermant, l'écrivain Alphonse de Châteaubriant (ne pas confondre avec le vicomte François-René de Chateaubriand), le philosophe Alain, l'écrivain Paul Claudel ou encore Marcel Déat, agrégé de philosophie et ancien député socialiste, ministre dans le gouvernement radical-socialiste d'Albert Sarrault au printemps 1936.

Paul Claudel écrit le 10 mai 1941 : «France, écoute ce vieil homme sur toi qui se penche et qui te parle comme un père. Fille de saint Louis, écoute-le ! Et dis, en as-tu assez maintenant de la politique ?» (Paroles au Maréchal).

Pacifiste extrême, Marcel Déat est l'auteur d'un célèbre article paru en août 1939 dans L'Oeuvre sous le titre : Faut-il mourir pour Dantzig ? (en d'autres termes, faut-il déclarer la guerre à Hitler sous prétexte de l'empêcher d'annexer Dantzig ?). Après l'invasion allemande, il prend franchement parti pour la collaboration avec l'occupant.

D'anciens communistes ne sont pas en reste. Ludovic-Oscar Frossard, premier secrétaire général du Parti communiste en 1920, est ministre du premier gouvernement Pétain. Au début de l'Occupation, il tient un journal, Le Mot d'Ordre, à Marseille, avec la bienveillance des Allemands.

Plus grave est le cas de Jacques Doriot. Député communiste de la Seine et maire de Saint-Denis, ce militant ouvrier se sépare en 1936 du parti communiste et fonde son propre parti, le Parti Populaire Français (PPF), d'inspiration fasciste. Pendant l'Occupation, il crée une Légion des Volontaires Français (LVF) en vue de participer au combat contre le bolchevisme ! Il est tué sur une route allemande le 22 février 1945, à 47 ans.

Vichy et le sport

Vichy imprime sa marque sur le sport, comme les autres régimes totalitaires, sous la houlette de Jean Borotra, ancien joueur de tennis devenu commissaire général à l'éducation physique et aux sports du régime. Celui-ci souhaite un retour à l'amateurisme et ses vertus.

Le football est alors pénalisé par l'interdiction du professionnalisme, accusé de corrompre la jeunesse en la détournant de l'héroïsme. Il souffre de plus de sa double image de sport populaire, alors que Borotra représente le tennis «aristocratique», et de sport industriel, quand le régime promeut le retour à la terre.

En 1943, les footballeurs professionnels doivent devenir des «joueurs-moniteurs», fonctionnaires, ou exercer un autre métier. Le régime les affecte dans une des quatorze équipes fédérales, remplaçant les clubs.

Cette pratique sera reprise plus tard dans les dictatures communistes, où les clubs sont souvent l'émanation des différentes administrations et services (ainsi le Steaua Bucarest est-il le club de l'armée, alors que son grand rival, le Dinamo Bucarest est celui du ministère de l'Intérieur), et où les transferts font l'objet d'une surveillance très politique.

Le «bouclier»

Philippe Pétain, qui conserve sa lucidité malgré son grand âge (84 ans en 1940), tente de jouer un double jeu en s'accommodant des occupants. Ses proches mènent des tractations secrètes avec les Anglo-Saxons, en particulier avec le gouvernement du président américain Franklin Roosevelt, qui déteste de Gaulle et les gaullistes.

Exprimant l'opinon de nombreux concitoyens, un Français de Londres, le colonel Rémy, voit en Pétain un «bouclier» et en de Gaulle une «épée», l'un et l'autre indispensables à la nation.

Le Maréchal repousse les demandes de plus en plus pressantes de Laval en faveur d'une collaboration active avec l'Allemagne. Il ne supporte surtout pas la place éminente que celui-ci s'arroge à ses dépens (Laval qualifie le Maréchal de «potiche»). Il finit par le révoquer et le fait arrêter le 13 décembre 1940 à la satisfaction de la très grande majorité des Français.

L'amiral François Darlan devient le successeur de Laval à la vice-présidence du Conseil... et l'héritier présomptif du Maréchal. Sitôt nommé, il présente au chef de l'État un gouvernement essentiellement composé de techniciens apolitiques recrutés dans les milieux bancaires. «Mais vous nous amenez toute la banque Worms !» lance le directeur de cabinet de Pétain, surpris.

Parmi les nouveaux-venus figurent Jacques Benois-Méchin et surtout Pierre Pucheu, jeune ambitieux qui se retrouve ministre de l'Intérieur. Il pousse les industriels à se mettre au service de l'occupant et engage la police et la justice dans la chasse aux communistes et à tous les opposants supposés.

Après le meurtre de l'aspirant allemand Moser par un jeune communiste (Pierre Georges, alias «colonel Fabien»), le 21 août 1941, il devance les désirs de l'occupant et décide de punir lui-même le crime en créant pour cela un nouveau tribunal, les Sections Spéciales, habilité à rejuger des condamnés en violation du sacro-saint principe de non-rétroactivité des lois (nulla poena sine lege).

À la fin de l'année 1941, les événements s'accélèrent. Hitler attaque son ancienne alliée, l'URSS, tandis que les États-Unis et le Japon entrent à leur tour en guerre.

L'engrenage

Otto Abetz, qui a conservé son estime pour Laval, impose son retour au pouvoir le 17 avril 1942. Il veut de la sorte obtenir un soutien sans équivoque de l'administration française.

Le nouvel homme fort de Vichy assume tout à la fois la direction du gouvernement et les ministères de l'information, des affaires étrangères et de l'intérieur. S'arrogeant la réalité du pouvoir, dans les limites très étroites accordées par les Allemands, il relègue cette fois pour de bon le maréchal Pétain au rôle de «potiche» et met au placard les jeunes ambitieux de la banque Worms (le «Groupe» ou la «Synarchie»).

Laval pratique un double jeu en devançant les désirs de l'occupant pour tenter de lui arracher des concessions, par exemple sur la libération des prisonniers de guerre. Il institue la «Relève», autrement dit l'envoi de travailleurs volontaires en Allemagne en contrepartie de la libération de prisonniers. Puis, comme celle-ci ne suffit pas aux besoins de l'Allemagne, il institue le16 février 1943 le Service du Travail Obligatoire (STO), cas unique en Europe d'un gouvernement qui impose à ses jeunes citoyens de travailler pour l'ennemi.

Entraîné dans des compromissions de plus en plus douteuses, le gouvernement français forme une Légion des volontaires français contre le bolchevisme pour combattre sur le front soviétique aux côtés des Allemands. Il organise des rafles de Juifs comme celle du Vél d'Hiv (16-17 juillet 1942). Il ordonne aussi aux troupes françaises d'Afrique du Nord de résister au débarquement anglo-saxon du 8 novembre 1942.

Mais l'occupation de la «zone libre» par la Wehrmacht le 11 novembre 1942, en violation des accords d'armistice, réduit considérablement ses marges de manoeuvre. L'opinion française bascule contre la Collaboration pendant l'été 1942, du fait des rafles antisémites, de la répression policière, des rationnements et des premiers succès alliés sur le front.

La crainte de travailler en Allemagne est pour beaucoup de jeunes gens un motif supplémentaire de rejoindre les maquis. La Résistance intérieure prend de la consistance. Le gouvernement de Vichy tente de la circonvenir en lui opposant la Milice, une force paramilitaire d'une extrême brutalité créée le 30 janvier 1943 par Joseph Darnand.

Par ses sabotages et son travail de renseignement, la Résistance va se révéler d'une très grande utilité pour les Alliés, lors des débarquements de 1944 en Normandie et en Provence.

Englués dans des compromissions criminelles, les agents de Vichy résistent jusqu'à l'extrême limite, à la mi-1944, à la pression des Alliés et des résistants. Les responsables du gouvernement, parmi lesquels Pétain et Laval, sont transférés par les Allemands à Sigmaringen (Bavière), en août 1944, dans le vain espoir d'échapper à l'infâmie d'un procès.

L'Humanité en quête d'arrangement avec les nazis

Le parti communiste avait été interdit dès avant la guerre en raison du pacte de non-agression entre Staline et Hitler. Son quotidien L'Humanité avait dû, dans la foulée, suspendre sa parution. Dans la clandestinité, le parti, invoquant un pacifisme nauséeux, avait donné des consignes de sabotage à ses militants travaillant dans les usines d'armement, ce qui avait valu à certains d'entre eux d'être fusillés sur ordre du ministre de l'Intérieur Georges Mandel.

Après la défaite, tout en se tenant à l'écart du gouvernement de Pétain, les communistes s'accommodent du nouveau régime. Jacques Duclos dirige le Parti en l'absence de son chef Maurice Thorez, déserteur, réfugié à Moscou.

Dès le 17 juin, au nom de la direction, Maurice Tréand, responsable des cadres au sein du Parti, approche Otto Abetz, qui représente le gouvernement nazi à Paris. Faisant valoir leur combat commun contre le «juif Mandel» (*), il sollicite des nazis le droit de publier à nouveau le quotidien L'Humanité. Les négociations vont finalement être suspendues à la fin août sur un ordre de Moscou.

 

Publié ou mis à jour le : 2013-04-25 08:15:59