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1935 à 1943

L'Italie dans la tourmente


Mussolini, au pouvoir dès 1922, aurait pu s'en tenir à la modernisation de son pays, l'Italie (comme son émule, le turc Moustafa Kémal). Mais le dictateur fasciste va s'engager dans une politique internationale de plus en plus hasardeuse qui va le conduire à sa perte.

Un État en quête de grandeur

Les premières actions diplomatiques de Mussolini se traduisent par des succès éclatants qui rehaussent son prestige et lui valent l'admiration de nombreux hommes d'État, y compris les plus grands comme Winston Churchill.

Dès 1924, le Duce organise avec la Yougoslavie la rétrocession de Fiume à l'Italie. C'est la fin d'une querelle de plusieurs années.

Du 5 au 16 octobre 1925, Mussolini participe à la conférence internationale de Locarno, en Suisse, à l'issue de laquelle l'Allemagne républicaine s'engage à respecter le traité de Versailles et ne pas recourir à la force. Le Duce adhère pareillement au pacte Briand-Kellog d'août 1928 qui met la guerre hors la loi.

Le 11 février 1929, enfin, Mussolini obtient un magnifique succès international ainsi que la faveur des catholiques de son pays en signant avec les représentants du Saint-Siège les accords de Latran (du nom d'un palais pontifical de Rome).

Depuis l'occupation des derniers résidus des États pontificaux par l'armée italienne, en 1870, les papes se considéraient prisonniers dans leurs palais romains.

Le dictateur italien et le pape Pie XI régularisent la situation, avec d'un côté la reconnaissance de tous les droits d'un État souverain à la cité du Vatican (30 hectares, le plus petit État du monde), de l'autre la reconnaissance de Rome comme capitale de l'État italien.

Le front de Stresa

Quand Hitler accède au pouvoir en Allemagne le 30 janvier 1933, Mussolini est l'un des premiers dirigeants à s'opposer à lui, malgré l'admiration que lui voue le Führer ! Il se rapproche du chancelier autrichien Engelbert Dollfuss, qui partage sa vision de l'État.

Quand Dollfuss est assassiné par les nazis en juillet 1934, Mussolini envoie sans tarder des divisions à la frontière italo-autrichienne pour dissuader Hitler de s'emparer du pays. Le Führer ravale sa colère et se résigne à patienter.

Les Autrichiens lui faisant désormais défaut, Mussolini se tourne vers Pierre Laval avec lequel il signe un traité de bonne entente et prépare un système de sécurité collective destiné à contenir la menace hitlérienne en Europe.

Cette menace se précise lorsque, le 16 mars 1935, Hitler rétablit le service militaire obligatoire et annonce son intention de porter les effectifs de la Wehrmacht de 100.000 hommes à 500.000.

Le 11 avril 1935, à Stresa, sur le lac Majeur, le Duce italien Benito Mussolini, le président du Conseil français Pierre Laval et le Premier ministre britannique Ramsay Mac-Donald prennent l'engagement de ne plus tolérer aucune nouvelle violation du traité de Versailles. C'est le «front de Stresa».

Fatal enchaînement

Fort de son rapprochement avec la France et le Royaume-Uni, Mussolini croit pouvoir donner corps à son rêve d'un empire colonial italien.

Comme les autres puissances européennes se sont déjà partagé la plupart des terres disponibles, il ne lui reste plus guère que la possibilité de conquérir l'Éthiopie, seul État indépendant d'Afrique (avec le Liberia).

Le 3 octobre 1935, les armées italiennes se lancent à l' attaque de ce pays et le 1er juin suivant, Mussolini peut annoncer à Rome la naissance de l'«Africa Orientale Italiana».

Mais, conséquente avec elle-même, la Société des Nations ne peut faire moins que de condamner l'Italie. Dès le 5 octobre 1935, elle demande à la France et à l'Angleterre d'appliquer à son encontre des sanctions économiques.

Les gouvernements français et anglais (qui possèdent eux-mêmes d'immenses empires coloniaux !) s'exécutent avec réticence. Ils répugnent à se brouiller avec le Duce à un moment très critique pour l'Europe. En France, les partis de gauche comme de droite se refusent à sanctionner une violation du droit international pour complaire à «un amalgame de tribus incultes» (sic).

Mais en Italie, la condamnation de la SDN a l'effet paradoxal de souder la population autour du Duce. Déçu par l'attitude des Occidentaux à son égard et fâché d'être mis au ban des nations, Mussolini surmonte son antipathie pour Hitler et se rapproche de lui. C'en est fini du «front de Stresa».

Bénéficiant désormais de la neutralité bienveillante du Duce, Hitler peut remilitariser sans préavis la Rhénanie le 7 mars 1936. Les événements se précipitent avec le déclenchement en Espagne d'une guerre civile quelques semaines plus tard, le 16 juillet. Le Führer répond sans attendre à la demande d'aide des insurgés et convainc le Duce d'en faire autant. Les deux dictateurs vont souder leur alliance sur le dos des républicains espagnols.

Dans un discours, le 1er novembre 1936, Benito Mussolini annonce la création d'un «axe» Rome-Berlin autour duquel toute l'Europe est appelée à se réorganiser. Le mot va faire fortune et désormais désignera l'alliance des deux dictatures. Le 11 décembre de l'année suivante, Mussolini se retire de la SDN. Et en septembre 1937, il découvre avec éblouissement l'Allemagne de Hitler. Course à l'abîme...

En septembre 1938, comme le Führer est prêt à en découdre sur la question des Sudètes, populations allemandes qui vivent sur les marges de la Tchécoslovaquie, Mussolini tente encore de l'empêcher de commettre l'irréparrable et le convainc de recourir à un arbitrage international.

Ainsi s'ouvre la conférence de Munich qui va déboucher sur un triomphe de Hitler. Les Sudètes sont annexés au Reich allemand.

Prenant acte de la faillite de la paix, le Duce occupe la petite Albanie en avril 1939 et, quelques mois plus tard, son allié attaque la Pologne. C'est le début de la Seconde Guerre mondiale.

Par fanfaronnade, Mussolini entre dans le conflit en déclarant la guerre à la France le 10 juin 1940, quand celle-ci est déjà à genoux et sur le point de signer l' armistice avec l'Allemagne. L'Italie se révèle dès ce moment cruellement impréparée à la guerre. Les Italiens, qui plus est, sont rebutés par l'alliance allemande et n'ont aucune envie de se battre.

Réduit au rang d'allié encombrant par Hitler, Mussolini multiplie les bourdes. Il attaque la Grèce pour son compte en octobre 1940 mais ses troupes se débandent face à la résistance ennemie et Hitler doit intervenir en catastrophe à son secours... Cela a pour effet de retarder de plusieurs semaines le projet d' invasion de l'URSS. Ce retard empêchera la Wehrmacht de profiter de la belle saison pour mener son offensive à son terme.

Les troupes italiennes sont défaites aussi en Afrique du Nord et en Libye par les Anglais et leurs alliés français.

L'Italie délivrée du fascisme

Le 10 juillet 1943, les Anglo-Saxons débarquent en Sicile. Ils débarquent également en Calabre le 3 septembre et en Campanie le 9 septembre 1943. À Rome, c'est la panique. Dans la nuit du 24 au 25 juillet 1943, le Grand Conseil fasciste relève Mussolini de sa charge et le roi Victor-Emmanuel III l'assigne à résidence.

Le maréchal Badoglio prend la direction du gouvernement et s'empresse de négocier un armistice avec les envahisseurs. Celui-ci est rendu public le 8 septembre 1943 dans la plus grande confusion.

Hitler ne veut pas laisser l'Italie sortir de la guerre. Il dépêche 30 divisions de la Wehrmacht en Italie pour neutraliser les troupes italiennes et contenir l'avance des Alliés.

Et malgré les ennuis que lui a causés Mussolini, il fait délivrer celui-ci à la faveur d'un raid audacieux. Empêché par le Führer de prendre sa retraite en Allemagne, Mussolini doit regagner très vite l'Italie du nord et se mettre à la tête d'une éphémère et dérisoire «République sociale italienne». Celle-ci est implantée à Salo, sur le lac de Garde (cette station thermale est le pendant italien de... Vichy).

Pendant ce temps, les Anglo-Saxons piétinent sur la ligne Gustav. Un corps expéditionnaire français est engagé en Italie dès novembre 1943, constitué d'officiers de la France Libre et de soldats en majorité originaires d'Afrique du Nord, sous les ordres du général Alphonse Juin. C'est à lui que revient l'honneur de débloquer la situation par une manoeuvre audacieuse autour du monastère du mont Cassin, entre Naples et Rome, le 17 mai 1944.

Les Alliés font leur entrée à Rome le 4 juin suivant mais il leur faudra encore près d'une année avant de libérer complètement l'Italie du nord. C'est seulement en avril 1945 qu'ils peuvent lancer leur ultime offensive dans la péninsule sous la conduite du général Alexander.

Le 25 avril 1945 a lieu l'insurrection générale des partisans antifascistes. Le Duce est exécuté par des partisans le 28 avril 1945, ainsi que sa compagne Clara Petacci. Hitler le suivra dans la mort deux jours plus tard. Les troupes allemandes encore présentes en Italie capitulent face aux Alliés le 2 mai 1945. L'Italie entrevoit la sortie du cauchemar.

Épilogue

C'est la fin du fascisme en Italie mais les principes de gouvernement mis en oeuvre par Mussolini dans les premières années de sa dictature (autoritarisme, nationalisme, dirigisme économique...) vont perdurer avec des variantes dans de nombreux pays en mal de développement, en Espagne, en Turquie, au Portugal, au Brésil, en Argentine...

En Italie même, la transition vers la démocratie est lente et hasardeuse...

André Larané

Publié ou mis à jour le : 2011-11-14 09:42:13