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17 juillet 1936

Les militaires espagnols se soulèvent


Le 17 juillet 1936, la garnison espagnole de Melilla se soulève contre le gouvernement républicain, sous le commandement du général Franco. C'est le début d'une guerre civile de trois ans et un prélude aux horreurs de la Seconde Guerre mondiale.

André Larané.

Un complot longuement préparé

La jeune république espagnole est à cette époque victime d'une flambée de violences qui se soldent par plusieurs centaines de morts. Ces violences sont le résultat de l'instabilité politique. Elles culminent avec la victoire électorale du Front Populaire le 16 février 1936 et débouchent sur l'assassinat du député monarchiste José Calvo Sotelo (43 ans) le 13 juillet de la même année, peu après qu'il ait été menacé par la Pasionaria.

Le soulèvement militaire, qualifié par ses auteurs de «glorioso Movimiento» (le glorieux Mouvement), survient le 17 juillet 1936 dans la garnison de Melilla, au Maroc espagnol, conformément à un plan préparé de longue date.

L'inspirateur principal en est le général Emilio Mola, ancien chef de la police devenu gouverneur militaire de Pampelune, dans une région de petits paysans carlistes et catholiques, farouchement hostiles à la République, la Navarre. Il est associé au général Sanjurjo, en exil à Lisbonne, ainsi qu'au général Francisco Franco y Bahamonde, gouverneur militaire des Canaries.

Dès le lendemain, le général Franco quitte son poste dans les îles Canaries. Il se rend en secret à Melilla et débarque deux jours plus tard en Andalousie avec ses troupes. Il s'agit essentiellement de musulmans marocains ou «maures»(«los Regulares») et de soldats de la Légion étrangère(ou «tercio», par allusion aux glorieuses armées du Grand Siècle espagnol, fin du XVIe- début du XVIIe).

Un tabor de combattants marocains

Dans le même temps se soulèvent les garnisons de la plupart des grandes villes espagnoles. Mais une bonne partie de l'armée, la moitié environ, reste fidèle au gouvernement.

Sur certains navires de guerre, il arrive que les marins s'emparent de leur officiers rebelles et les exécutent dans les formes. Sur d'autres navires, les officiers rebelles ont le dessus et font pendre aux vergues les marins qui refusent de les suivre.

En définitive, en trois jours, les rebelles «nationalistes» s'emparent de la Galice et de la Vieille-Castille, près de la frontière avec le Portugal, ainsi que d'une partie de la Navarre, du Léon et des Asturies.

En Navarre et Aragon, les insurgés bénéficient du soutien de milices carlistes, les requetes. Ce sont des paysans-soldats bien entraînés, catholiques fervents et monarchistes enthousiastes.

Les nationalistes s'implantent aussi en Andalousie, à Cordoue, Grenade et Cadix, avec l'aide de bataillons ou «tabors» maures et d'unités ou «banderas» de la Légion. Mais à Barcelone, ils sont repoussés par les milices ouvrières. Ils échouent aussi à Valence et dans le Levant méditerranéen.

Échec momentané du soulèvement

Les nationalistes, qui escomptaient une reddition rapide du gouvernement, en sont pour leurs frais. Les grandes villes leur échappent (Madrid, Barcelone, Valence). Et ils ne se maintiennent principalement que dans le Sud. Encore est-ce avec le concours de troupes marocaines.

Le général Mola projette de s'emparer de Madrid en faisant converger sur la capitale quatre colonnes de troupes et en combinant leur action avec le soulèvement de civils madrilènes favorables au Mouvement. C'est ce qu'il appelle la «cinquième colonne» (l'expression fera florès).

Mais la manoeuvre échoue devant la mobilisation impromptue des habitants. La capitale reste aux mains des troupes légalistes commandées par le général Miaja. Au terme des «trois jours de juillet» (18, 19 et 20 juillet), l'Espagne apparaît divisée en deux, avec un léger avantage au gouvernement, qui garde le contrôle des principales zones industrielles, de la capitale ainsi que de 14 millions d'habitants contre 10,5 aux insurgés.

L'armée elle-même est divisée. La plus grande partie des officiers d'état-major sont restés fidèles à la République. Toutefois, les officiers intermédiaires, issus de la moyenne bourgeoisie, ont, eux, rejoint massivement le Mouvement et ils vont cruellement manquer au gouvernement. A première vue, le pronunciamiento a échoué.

Vers une longue guerre

Le général Franco prend la tête du Mouvement après la mort accidentelle, le 21 juillet, du général Sanjurjo, qui avait été pressenti pour ce rôle. Alors que s'éloigne l'espoir d'une résolution rapide du conflit, les troupes maures  et les légionnaires de Franco débarquent en masse sur la péninsule et s'emparent le 14 août 1936 de Badajoz, au sud.

Leur victoire se conclut par un massacre atroce de la population. Mais d'un point de vue stratégique, elle permet de relier les zones nationalistes du sud et du nord. Elle permet aussi à la rébellion de tenir les régions frontalières du Portugal, ce qui facilite son ravitaillement en armes et munitions.

Les nationalistes arrivent aux portes de Madrid mais, de façon inattendue, diffèrent l'assaut sur la capitale le temps de secourir les défenseurs de l'Alcazar de Tolède, une forteresse où 1600 personnes supportent le siège de l'armée régulière.

La propagande exalte les hauts faits des «héros de l'Alcazar». Le colonel Moscardó devient mondialement célèbre pour avoir refusé de rendre la forteresse quand les assiégeants l'avaient menacé d'exécuter son fils. Le général Franco sort de son rôle subalterne et acquiert aussi une notoriété mondiale.

Mais le répit a entre-temps permis aux républicains de consolider la défense de la capitale avec pas moins de 30 km de tranchées... et le soutien essentiellement psychologique de volontaires étrangers. En novembre, ils peuvent ainsi repousser les assauts franquistes.

La guerre civile va dès lors se prolonger pendant deux ans et demi, opposant des armées de plus de 800.000 hommes chacune, avec un soutien actif de l'étranger. En s'internationalisant, elle va devenir un enjeu majeur de la lutte que se livrent dans toute l'Europe les démocrates et les mouvements totalitaires.

Le «Grand Soir»

Les républicains, à la veille du coup d'État militaire, sont handicapés par leurs divisions et les excès de l'extrême gauche.

Sans égard pour la légitimité des urnes, celle-ci engage une révolution sociale et anticléricale qui se solde par des assassinats et des pillages, notamment dans le nord. Le premier rôle revient aux anarchistes de la CNT (Confederación Nacional del Trabajo) et de la FAI (Federación anarchista iberica), aux côtés des marxistes du POUM (Partido Obrero de Unificaciòn Marxista).

Le secrétaire du POUM, Andreu Nin, a fondé dans les années 1920 l'ICE (Izquierda Communista de España), groupuscule espagnol affilié à l'Opposition de gauche de Trotski, qui préfigurait la IVème internationale. Mais, en 1935, il a rompu avec Trotski et fusionné son parti avec un autre parti de gauche (le BOC, Bloque Obrero y Campesino). Cette fusion a donné naissance au POUM.

Mais les militants du POUM sont perçus avec hostilité par Staline. «Ainsi donc, voilà ce que nous étions aux dires des communistes [staliniens] : des trotskystes, des fascistes, des traîtres, des assassins, des lâches, des espions etc. J'avoue qu'il y avait de quoi ne pas être charmé, surtout lorsqu'on pensait à certains de ceux sur qui de telles accusations étaient portées» (George Orwell, Hommage à la Catalogne).

Ces rivalités entre partis de gauche vont déboucher à Barcelone en mai 1937 sur de violents combats fratricides et gravement affaiblir le camp républicain.

 

Publié ou mis à jour le : 2013-05-07 10:26:52

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