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13 février 1843

Le président Jean-Pierre Boyer chassé d'Haïti


Le 13 février 1843, à Haïti, le président Jean-Pierre Boyer est chassé du pouvoir et s'enfuit en Jamaïque puis en France.

Après avoir assuré pendant 25 ans une relative stabilité à Haïti, première république noire des Temps modernes, ce président mulâtre est vaincu par une rébellion des paysans noirs du sud, les «Piquets».

Haïti en quête d'une complète indépendance

Le 29 mars 1818, Jean-Pierre Boyer a succédé à un autre mulâtre, Alexandre Pétion, à la tête de la jeune république.

Il réunifie le territoire de l'ancienne colonie après la mort de l'autre chef haïtien, Henri Christophe (le «roi» Henri 1er).

- Madrid tire sa révérence :

Dans le même temps, Madrid, qui a rétabli sa souveraineté en 1814 sur la partie orientale de l'île, doit s'en retirer suite à une révolte locale.

Le 30 novembre 1821, les colons blancs de l'ancienne colonie espagnole proclament leur indépendance sous le nom de Haïti espagnol. Mais Jean-Pierre Boyer ne leur laisse pas le temps de savourer l'indépendance. Il envahit le territoire et le réunit à Haïti (l'unité de l'île ne survivra pas à sa chute, un quart de siècle plus tard).

- Paris impose tribut :

Le président haïtien doit aussi traiter avec le gouvernement français qui n'a jamais digéré la défaite de l'armée de Leclerc ni surtout le massacre des colons blancs par Jacques Dessalines.

Les négociations traînent en longueur. Le 11 juillet 1825, enfin, sous la menace d'une escadre de 14 vaisseaux et 500 canons, Jean-Pierre Boyer se résigne à signer un traité avec le roi de France Charles X. Celui-ci reconnaît l'indépendance de la colonie en échange d'une indemnité de 150 millions de francs-or qui sera plus tard ramenée à 90 millions. Les Haïtiens vont l'acquitter par échéances jusqu'en 1888 !

Prenant prétexte de cette indemnité dans laquelle ils voient une forme de protectorat de la France sur Haïti, les États-Unis et les jeunes États latino-américains refusent de reconnaître la république noire.

Le poids de la dette

L'année suivante, le 1er mai 1826, Jean-Pierre Boyer tente d'instaurer un nouveau Code rural en vue de faire rentrer dans les caisses de l'État les ressources indispensables au paiement de la dette. Il veut attacher les paysans à leur terre et leur imposer des quotas de livraison à l'État. Défi impossible.

Les populations noires des campagnes s'indignent d'être taxées au profit de l'ancienne puissance coloniale d'autant qu'elles sont très pauvres. Sous les gouvernements précédents, en effet, les grandes et prospères plantations de canne à sucre ont été partagées entre les paysans, réduisant l'île à une agriculture de subsistance.

Une révolte éclate le 27 janvier 1843 et chasse Jean-Pierre Boyer du pouvoir.

Le 27 février 1844, la population créole (blanche et métisse) de la partie orientale de l'île, de langue espagnole, profite de la crise politique pour s'émanciper et proclamer son indépendance. C'est ainsi que naît la République dominicaine, aussi appelée Saint-Domingue (Santo Domingo), du nom de sa capitale.

Descente aux enfers

Après le renversement de Jean-Pierre Boyer et la sécession de la partie orientale de l'île, la bourgeoisie mulâtre des villes s'arrange habilement avec les chefs de la rébellion.

Plusieurs vieux militaires noirs se succèdent à la présidence de la République, laissant la réalité du pouvoir aux mulâtres. Le processus dérape avec Faustin Soulouque, porté à la présidence en 1847. Il a alors 65 ans. Deux ans plus tard, cet admirateur de Napoléon 1er réussit à s'imposer comme... empereur sous le nom de Faustin 1er.

Faustin 1er est renversé et chassé dix ans plus tard.

Ses successeurs républicains sortent l'île de son isolement diplomatique en concluant un concordat avec le Saint-Siège en 1860 et en établissant enfin, en 1862, des relations diplomatiques avec les États-Unis d'Abraham Lincoln, champion de la lutte contre l'esclavage.

Dans le même temps, la bourgeoisie mulâtre reconstitue à son profit un régime de plantations et s'enrichit de l'exportation du café cependant que les paysans retombent dans un régime de travail forcé qui n'est pas sans rappeler l'esclavage. Ce nouvel ordre social est cependant bousculé par les paysans en armes du nord de l'île, les «Cacos», qui entretiennent l'agitation.

La république d'Haïti sombre alors dans une instabilité sanglante dont elle n'est pas encore sortie.

Jeanne Lafont.