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12 août 1908

Henry Ford produit la première voiture de grande série


Le 12 août 1908, le constructeur américain d'automobiles Henry Ford présente la première voiture produite en grande série : le modèle T. Dans les 20 années qui suivent, son entreprise, la Ford Motor Company, va vendre le modèle T à 15 millions d'exemplaires.

Ce succès sans précédent inaugure une nouvelle révolution industrielle fondée sur deux piliers : la production standardisée en grande série, qui permet d'abaisser les coûts de production, et l'octroi aux ouvriers de salaires assez élevés pour leur faire accepter un travail répétitif et contraignant.

André Larané.

Vers une production de masse standardisée

Henry Ford a introduit dans son entreprise l'«organisation scientifique du travail» (OST), une méthode de gestion aussi appelée «taylorisation» ou «taylorisme», du nom de l'ingénieur américain Frederick Winslow Taylor qui en a eu l'idée deux décennies plus tôt.

Dès 1880, chez son employeur, l'entreprise sidérurgique Bethleem Steel Co, Taylor a analysé tous les travaux ouvriers et les a décomposés en une succession d'opérations élémentaires très simples, chaque opération étant confiée à un ouvrier spécialisé. Ainsi, aucun ouvrier ne perd de temps à passer d'une opération à une autre. Cette division du travail permet d'abaisser considérablement les coût de production.

Mais Henry Ford ne s'en satisfait pas. Il imagine qui plus est de faire circuler les véhicules en cours d'assemblage sur une «chaîne», d'un poste de travail au suivant. Cela évite aux ouvriers d'avoir à se déplacer et donc de perdre du temps !

Taylorisme et «travail à la chaîne» vont permettre la fabrication en grande quantité de produits standardisés comme la Ford T...

Encore faut-il être assuré de trouver des débouchés pour absorber cette production ! Henry Ford parie sur le dynamisme de la société américaine, jeune, féconde, active, confiante en l'avenir. 

Il réussit pleinement son pari puisque le nombre d'automobiles en circulation aux États-Unis va progresser de 6 millions à 27 millions au cours des années 20, les «Roaring Twenties» (les années 20 rugissantes ; allusion au lion qui figure au générique des films de la XXth Century). À la veille de la Grande Dépression, on comptera déjà une voiture pour 6 habitants.

Aliénation ouvrière

Cette deuxième révolution industrielle, induite par l'électricité, entraine une rupture radicale par rapport à la première, née au XVIIIe siècle de l'usage de la vapeur.

Les premières usines étaient organisées autour d'une grosse machine à vapeur qui générait l'énergie nécessaire aux différentes machines. Sur ces machines s'activaient des ouvriers hautement qualifiés, héritiers directs des compagnons d'antan, solidaires, instruits et soucieux du travail bien fait.

Tout change avec l'«organisation scientifique du travail». Celle-ci répond à l'afflux aux États-Unis, avant la Grande Guerre, d'innombrables immigrants illettrés et sans qualification professionnelle, en provenance de l'Europe orientale et du bassin méditerranéen. Elle permet de former en quelques minutes un ouvrier à son travail. Charlie Chaplin (Charlot) en a montré les excès dans son film Les temps modernes.

Dès 1913, Henry Ford doit pallier le caractère répétitif, ennuyeux et pour tout dire aliénant du travail à la chaîne. Désespérant de retenir ses ouvriers, il se résout du jour au lendemain à doubler leur salaire, et introduit le «five dollars day» (5 dollars par jour, une aubaine pour l'époque).

Cette mesure va valoir à l'industriel la fortune et une immense popularité en dépit de ses écrits violemment antisémites (The international Jew) et de son soutien financier au parti nazi et à Hitler, dans leur conquête du pouvoir.

Philanthrope malgré lui

A posteriori, on expliquera la politique de hauts salaires de l'industriel Henry Ford par le désir de permettre à ses ouvriers d'acheter les voitures de leur fabrication. Ainsi les ouvriers auraient-ils contribué à l'expansion de l'entreprise !

Il s'agit en fait d'une légende qui voudrait faire d'Henry Ford un précurseur de l'économiste John M. Keynes, lequel préconisait de développer l'offre (la production) en stimulant la demande (la consommation).

L'économiste Daniel Cohen rappelle que les hauts salaires étaient seulement une indispensable compensation aux difficultés du travail à la chaîne et qu'ils ne pouvaient en aucune façon stimuler les ventes d'automobiles (Trois leçons sur la société post-industrielle, 2006, Seuil).

Vers la fin de la classe ouvrière ?

La démarche d'Henry Ford, baptisée «fordisme» et reprise par toute l'industrie manufacturière, en Amérique du nord et en Europe occidentale, a permis à la classe ouvrière de rejoindre la classe moyenne avec des revenus tout à fait confortables.

Ce miracle social va déboucher sur la «société de consommation» avec ses excès qu'a dénoncés le philosophe Ivan Illich (La convivialité, 1975), et ses conséquences (la surexploitation des ressources naturelles et le réchauffement climatique).

On n'en est plus là... En ce début du XXIe siècle, la troisième révolution industrielle, fondée sur le microprocesseur, a rendu obsolète le travail à la chaîne et le taylorisme. Les tâches élémentaires de l'industrie sont de plus en plus assurées par des robots. Celles qui restent à la charge des humains sont délocalisées dans les pays à très bas salaires. Les usines d'automobile sont elles-mêmes devenues des lieux de haute technicité centrés sur la qualité et la gestion au plus juste, avec un personnel polyvalent et plutôt bien formé.

C'est désormais dans les activités de services (commerce, restauration, santé, domesticité...) que trouvent à s'employer les trop nombreuses personnes sans qualification ni instruction. Leurs salaires sont tirés à la baisse et non plus à la hausse, comme au temps d'Henry Ford, avec au final la réapparition d'une classe laborieuse pauvre comme aux premiers temps de la révolution industrielle.

Publié ou mis à jour le : 2013-11-19 21:37:50